mardi 10 avril 2018

Begotten (1991)


Bref résumé :
Une tribu de nomades sauvages s’en prennent à une mère et à son enfant. Ils massacrent le fils et violent la mère. Ils emportent celle-ci et la démembrent et la brûlent comme pour ne laisser aucune trace de leur forfait. Le fils ressurgit pour pleurer auprès du corps intact de la mère mais les nomades s’en saisissent, le démembrent et le brûlent également. Peu de temps ensuite, la mère et l’enfant qu’elle tient au bout d’une corde qui semblerait peut-être également être son cordon ombilical se retrouvent et marchent le long d’un chemin de nature. Voici la fin du film qui laisse présager de la réunion de la famille entière puisque les cruels nomades ont probablement aussi été tués par le père, mais cette scène n’est pas donnée à voir au spectateur : on n’en voit en réalité que le résultat, c’est-à-dire les corps gisants de ceux-ci.

Etude :
            Le film débute par la vision d’une cabane dans la nature dans laquelle se trouve un homme, un Dieu en réalité, assis dans une position peu ordinaire sur une chaise, tandis qu’il s’étripe à l’aide d’un rasoir. Une femme surgit de ses restes et danse pour lui érotiquement puis se saisit de son membre en érection qu’elle embrasse tendrement. S’ensuit son imprégnation par son éjaculat qu’elle recueille sur son ventre puis glisse dans son sexe à l’aide de ses doigts. Puisque cette femme représente la Terre-Mère, on pourrait bien y voir des similitudes avec la naissance du Christ du sein de Marie par l’agissement du Saint-Esprit car de la souffrance de Dieu résulte le plus beau des enfantements. En effet, ce Dieu de souffrance en train de s’étriper semble éprouver également toutes celles du monde qui se lisent sur son visage en partie dissimulé par un tissu néanmoins, puisqu’il vomit également des caillots de sang qui recouvrent l’un de ses pieds. De plus, tout se passe comme-ci il faisait offrande de sa souffrance au monde entier par le biais des organes qu’il retire de son corps. Cela signifierait un mystère difficile à percer, celui du don de la souffrance nécessaire à la rédemption de chacun. Aussi, le visage du Christ est mystérieusement formé par les habits de ce Dieu et son ventre béant. On peut également lire dans cette scène certaines similitudes avec l’enfantement d’Horus dans la mythologie égyptienne lorsque Isis reconstitue le corps d’Osiris avec ses quatorze morceaux épars qui résultent de son meurtre accompli par Seth et conçoit par la suite son fils.
            On voit ensuite Mère-Nature, enceinte, se tenant à côté d’un cercueil posé à la verticale, ce qui parle encore évidemment de la nécessité de la mort avant la vie dans un cycle perpétuel. Puis c’est la naissance du Fils de la Terre qu’encadrent des images d’un sublime ciel d’aurore et de nature qu’on imagine verdoyante puisqu’il s’agit d’un film tourné en noir et blanc. Ce fils naît à l’âge adulte mais semble déjà souffrir tout le délaissement et l’agonie de la fin d’une vie. C’est à nouveau une manière d’évoquer la cycle de perpétuité qui unit la naissance à la mort. Le placenta d’un enfant naissant est étrangement représenté par un terreau blanc recouvrant tout le corps du Fils de la Terre, tout le long du film, comme pour évoquer la renaissance d’un cycle sans fin et son rapprochement en toute ressemblance avec la Nature, sa mère qui lui est si proche.
            Apparaît ensuite une tribu de nomades qui n’auront de cesse d’infliger tous les tourments imaginables à la mère et à son fils. Le soir tombe et tandis que la mère s’absente, ils se saisissent du fils, le séparant ainsi d’elle. Cette première torture se passe de nuit puisque l’on peut voir une lune les éclairer. Il se pourrait bien par ailleurs que les scènes suivantes aient été filmées nocturnement par le biais d’un film cinématographique adapté. En sentant la présence immonde des nomades, le fils n’a de cesse de s’agiter avec une frénésie toute particulière dans la prescience singulière d’un grand tourment à venir. C’est à nouveau le jour lorsque les nomades le transportent et le tirent ignoblement à l’aide de son cordon ombilical. Il n’a de cesse de se débattre lorsque presque aussitôt, celui-ci régurgite ses organes internes : il s’agit à nouveau du don de cette souffrance nécessaire à toute rédemption mais les nomades, de véritables brutes, sont incapables d’en saisir ni le sens ni la beauté toute transcendante qui transparaît du sacrifice de soi. Ils lui jettent d’abord de la terre puis la nuit tombe et le jour se lève à nouveau tandis que d’inconnues figures le transportent sur une civière.
On retrouve encore toute la merveillosité de la nature alors que sa mère vient à son secours et qu’ils cheminent le long des arbres sur un sentier recouvert de verdoyance. Celle-ci l’attire à elle en toute circonstance, en toute tendresse, par le biais soit d’une corde, soit de leur cordon ombilical. Par ailleurs, cette corde ou ce cordon qu’elle lui passe au cou semble de prime abord être un tissu qu’elle lui passerait le long du visage pour le réconforter et lui montrer toute son affection. Il semblerait également que le Dieu de souffrance et père de l’enfant veille sur eux pendant leur trajet mais sans que le spectateur en ait une certitude complète puisqu’il pourrait bien s’agir également d’un nomade, cependant la ressemblance avec ce Dieu serait frappante tout en laissant place au doute.
            La lune ou le soleil est recouvert d’obscurité tandis que les nomades apparaissent sur un terrain de rocaille, toujours à la poursuite de la mère et de son fils. Ils martèlent de coups le visage du fils et tentent en vain de violer la mère, car ils sont en réalité dépourvus du moindre plaisir lié à la sexualité. On peut alors distinguer des images du corps ensanglanté de la femme et de leurs charniers. Alors qu’ils n’arrivent pas même à la pénétrer mais seulement à lui causer des coups à l’aide de leurs massues repoussantes on peut tout de même apercevoir ce qui semblerait être deux personnes en train de faire l’amour. Il s’agirait bien évidemment du Dieu de souffrance venu retrouver Mère Nature, sa femme, pour lui donner ce plaisir. La main de la mère repose en toute tranquillité au sol après ce coït.
            Le fils est atterré auprès du corps gisant de sa mère alors que nature avait à nouveau fleuri mais les nomades l’empoignent et l’emmènent loin de lui dans leur habitat d’immondice où ils demeurent, la dépècent puis tentent en vain de brûler son corps. Ils s’en prennent ensuite à nouveau au fils, qu’ils dépècent et tentent de brûler tout en essayant en vain de mutiler ses offrandes d’organes qu’ils ne peuvent supporter.
            Nature refleurit ensuite, la mère et le fils réunis, les nomades en tout point trucidés par le père et Dieu de souffrance. C’est ainsi que se termine ce chef d’œuvre du cinéma.