Ils essaient de combler un vide une faille sans fond de remplir une fragile enveloppe une coquille vide.
Le pervers narcissique peut tout se permettre parce qu’on ne se méfie pas de lui, parce qu’il est faux. Il ment manipule pour arriver à ses fins. Tant qu’il dupe les gens il peut se permettre ses caprices et ses manies parce qu’il est maniéré et se prenant pour une sorte de ce qu’il est, surtout une breloque incohérente et amphigourique. Il a aussi prévu qu’on le découvre, et si c’est le cas il est prêt au meurtre, sous le coup du choc émotionnel et évidemment d’une folie passagère. En dernier recours le meurtre. En dernier recours la défiguration. Il est toujours dans l’excès, comme si en lui il y avait une irrépressible panique ou angoisse, indélogeable, quelque chose qui le consume à petit feu, un feu dévorant, comme une sorte de lave enfouie sous son monceau de mensonges, fossilisés, fixés, que seul le châtiment qui lui incombe peut déloger, d’où ses tentatives désespérées de se faire pardonner par les forces humaines (humainement il tombe parfois il sombre et courbe l’échine jusqu’à ce qu’il prenne conscience du cloaque bas et méprisable devenu ; parfois sur pur droit et honnête, et lorsque ça se produit il aspire tout ce qu’il peut en retirer pour lui afin de se rassurer ; parfois sur vengeur dont il s’attire la haine) d’où l’oscillation après le crime entre repentir et renouvellement de la faute, parce que cette lave c’est sa cruauté qui veut s’exprimer, jaillir, explosant, détruisant tout ce qu’il a menti, trompé, manipulé (à l’excès le connaissant) dans une tentative désespérée et vouée à l’échec d’effacer toute trace de sa culpabilité en l’annihilant. Les conséquences sont terribles parce qu’elles impliquent la mort : mort dont il cherche à s’échapper à tout prix. Il a peur de mourir. Il est paralysé dans un endroit agréable si ce n’était ; impuissant, prisonnier et inconscient de ce qui l’entoure. Captif.
Le masochiste est parti pour un long voyage (sans issue) depuis l’embarquement (sans issue). Il chemine. Il est en partance. Il est sur le départ. Il prépare son sac. Il cherche un port d’attache, quelque part. Sa logorrhée à sens unique parle bien d’un impossible retour, de son difficile cheminement, sans destination il ne veut pas se laisser conduire, alors il circule, il se met au volant quel que soit le véhicule, quelles que soient les circonstances. Il n’est pas tout seul dans son voyage, il y a des passagers qui font des escales, qui suivent des chemins autres. Il les accompagne le temps de leur trajet. Certains s’échouent sur les écueils, d’autres les traversent, et il contemple tout ça depuis son poste tout en gardant un œil sur les rétroviseurs, toujours les rétroviseurs, prudence, il y a d’autres véhicules. Mais où vont-ils ?! Quel est leur voyage ? Comment le vivent-ils ? Comment vivent-ils ? Le masochiste s’est donc bloqué quelque part lors d’une errance, la traversée de locomotion. Il ne semble plus rien éprouver psychologiquement depuis. Il est aux abonnés absents. Il veut voyager, tout seul. La solution serait la claustration, mais il doit se déplacer, il doit circuler se mouvoir, dans un espace restreint aux contours flous ou même absents. Il se raccroche aux éventuelles branches dans sa chute sa dégringolade. Le masochiste rejette ses souffrances sur l’autre par jalousie. Sa souffrance ne s’enlève pas facilement parce qu’elle est marquée dans son corps. Il essaie tout de même, on ne sait jamais, peut-être qu’avec une insistance mécanique on y mêlera quelque chose d’autre, un autre prendrait partie avec lui de l’absence, du défaut et de ce qu’il essaie d’y mettre pour l’habiter. Ce manque est tellement prégnant, tellement envahissant qu’il est projeté dans la répétition, dans la mise en route systématique et la démultiplication des objets toujours lacunaires d’un envahissement de tout ce qu’il aperçoit aveuglément, quelque chose d’autre que lui-même ? Impossible, il ne semble rien manquer à celui-là, à celui-ci. Il est envahi par une complète cécité. Rien n’existe sauf l’attente, la mort et l’envahissement pour nier celles-ci. Plus rien n’a tant d’importance s’étant répandu les entrailles au dehors, une couleur des viscères peut-être, un vague souvenir d’un autrefois lointain incertain et fantasmé où il y aurait une forme imaginaire d’intégrité, de consistance impossible à éprouver, trop lointaine, trop absente, trop vide, trop dissimulée et dissimilaire ; invisible, insaisissable et impossible parce qu’elle glisse entre les doigts. Tous les mécanismes sont usés jusqu’à l’extrême, dégradés, tant il lui est impossible d’envisager une consistance éventuelle à la vie comme à la mort, semblable plus à une maladie, une infirmité, dégradante au point de pourrir les yeux, parce que la vue d’un corps mutilé, pourri, vicié est intolérable. Avec quoi peut-il envahir ? Répandons la perversion. Impossible de vivre autrement qu’avec le maigre édifice laminé à force d’avoir essayé sans succès, d’avoir tenté, d’avoir été incapable d’autre chose ; sans cohérence depuis longtemps, il ne reste plus rien qui n’a de prix, sauf continuer la lutte pour s’enlever l’intériorité déjà absente. Tout a déjà été fait. Il n’y a plus que les restes primitifs de ce qui constitue une personne, et tant qu’il demeure quelque chose, c’est une lutte sans fin, sans plus de schéma, de direction, de route à suivre, perdu, perdue d’avance.
Le sadique est en état d’alerte (difficile de parler d’état face à son évidement évidemment, sa néantisation). Il est sous un feu nourri de menace. Il est sous le coup. Il est enseveli. Une alarme, une sirène d’alerte résonne en lui perpétuellement que personne d’autre que lui ne semble entendre. Il n’arrive pas à communiquer sa panique. Il glisse sur un terrain rugueux les autres sans plus aucune prise, sur la pente. Ça le déchiquète. Comme une chair confite que l’on prépare dont on émiette la fibre. Alors il essaie d’enlever leur revêtement aux gens. Selon le pervers sadique il faut que l’autre souffre pour être heureux, il faut que l’autre vive pour mourir. Il est dans la nécessité de faire souffrir, sans commune mesure parce que sa victime n’est pas lui - c’est donc mérité. Parce qu’il n’arrive pas à être heureux et qu’il a peur de mourir. La souffrance est pour lui un paradis fictif, un enfer inversé. Il n’est pas heureux dans la matérialité alors il s’imagine autre chose, il se construit de fausses espérances entretenant l’illusion de ce qui lui manquera toujours. Mais cette fiction qu’il se dicte, qu’il se reçoit, trouve son fondement dans le manque primordial et une impossibilité à le combler. Il est dénué de plaisir et se gave avec de la souffrance. Il ne profite pas d’un idéal absent chez lui mais il profite de sa jalousie. Il s’imagine où pas assez qu’en enfreignant les lois de son imagination il ne risque pas de se mutiler et l’espoir et le corps, dégradation qui est le principe dans son esprit. Comme un envahissement un étouffement une possession. Pour éviter qu’on ne remarque son petit manège mécaniquement même quand ce mécanisme le rend coupable seul pour compenser l’absence complète de culpabilité qu’il peine aussi même à saisir, à envisager, à concevoir, à contenter, à compenser.