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Articles

Lust for life

Pour lui, le dialogue est enrichissant et il voit toujours le bon côté des choses. Il apprend énormément de son cancer. Il amplifie ce qui l'arrange et minimise ce qui le fait souffrir. Il s’invente la plus belle faim qu’il puisse s’imaginer. Il se sert de ses mensonges aux autres pour se mentir à lui-même. Il voulait mourir sans que l’on se rende compte qu’il souffre. Sans que lui-même ne s’en rende compte sans doute, sans tristesse, sans désespoir face à la mort, sans avouer le mensonge. En préparant chaque intervention pour faire le buzz, avec la faim. Sa faim, mise en vidéo, est d’une importance primordiale pour tous les autres, ce qu’il fait par pur altruisme. Il tient bon, coûte que coûte, face à la faim qui frappe à sa porte, se rendant compte, tant bien que mal, que cette fois c’est terminé pour lui, ne se rendant pas bien compte sans doute parce qu’il s’est construit une maladie imaginaire, une maladie qui ne fait pas souffrir, et s’il souffre tout de même, s’il meurt ...

King Lear

King Lear , pièce dichromatique qui parcourt l’éventail des possibles du noir anthracite à la blancheur virginale, a longtemps été perçue comme trop sombre et trop vaste pour être représentée sur scène : « Lear is essentially impossible to be represented on a stage » ( On the Tragedies of Shakespeare , Charles Lamb, 1811). Elle fut remplacée pendant plus d’un siècle et demi par une adaptation due à Nahum Tate que les altérations et le final édulcoré rendaient plus traditionnelle. On pourrait en effet voir cette pièce hybride qui incorpore de multiples sources comme un travail de subversion où l’objectivité cède la place à l’indétermination, à ce que Keats appelle la « negative capability ». Comme le fait remarquer André Gide dans son Journal à propos de Shakespeare : « Tout l'enfer et le ciel de ses personnages est en lui ». De fait, à des divinités qui rappellent une antiquité païenne se mêle une déesse nature qui incarne pour certains personnag...

Lolita by Nabokov

In this extract from II.20, Humbert Humbert’s « lurking eye, the ever alert periscope of [his] shameful vice (264) has reverted to another sort of gazing and description than in the first part of the book. The description of Lolita’s tennis game by Humbert becomes a eulogy for “aesthetic bliss” without regard for the “ethical impact” (5) of his confession: no feeling of guilt in this passage, no justification either (“Absolutely no harm done.” I.14), the nymphet’s innocence is enough, in his mind, to redeem him in the eyes of his jury (“Winged gentlemen!”). The scene takes place during the narrator and Lolita’s second road trip, simultaneously a running away from Beardsley and a means for Quilty to lure Dolores away from Humbert. This trip is charged with a sense of melancholy of their first journey through the U.S., and with the narrator’s longing for a nymphet always-already lost: it is as if Humbert reenacted the nymphet’s disappearance in order to sustain himself, making her, i...

Courage et volonté

L’astreinte plus que la volonté. Ça a longtemps été la volonté. La volonté ne fait pas tout. Comment par sa seule propre force peut-on changer le cours des choses ? Soi, tout seul ? C’est le désir d’accomplir de grandes choses. Mais le déroulement de la vie est ainsi, que l’on y implique la volonté ou non, nous y sommes inséparablement, irréfutablement. La volonté, la vie est là, sans avoir à la confronter à des obstacles, à des choses qui sont au-delà de notre responsabilité, on est ce que l’on est, comment alors souhaiter la différence ? De quelqu’un, de quelque chose. Tout espoir est permis, sans franchir la liberté d’autrui, sans, encore une fois, faire le mal, volontairement.        C’est plus le courage que la volonté qui permet de surmonter et de vaincre nos épreuves. On a le droit de faire confiance, même si nous avons été trompé, dupé, maltraité, trahi, si on nous a menti, manipulé, cela ne signifie pas la réitération du malheur. La souffrance peut être bouc...

Le dogme

C’est le seul refuge de certains pour leur cœur de pierre. Ces débauchés qui voient autre chose que leurs mentalité de scélérats, désormais. De toute manière la tromperie, les veules sont dénoncés, toujours. Ils font plus de mal que de bien, aux autres comme à eux-mêmes. Ils confient leurs fautes passées à un Dieu qui sait déjà tout cela, comme si c’était suffisant pour ne pas se l’avouer, ou, ce à quoi nous viendrons, comme Jésus l’a si bien expliqué, pour ne pas demander le pardon à leurs victimes , en avouant les faits, sans hypocrisie, en s’accusant enfin eux-mêmes sans vouloir rejeter la faute sur l’autre ou l’attirer dans leur répugnant repentir hypocrite, ce qui définit bien le dogmatisme. C’est là l’origine de la guerre et des conflits, qu’ils soient religieux ou sociétaux : ce que certains ne veulent admettre et qui rejaillit sur l’innocent, comme une sorte de retour du refoulé, dont ils ne veulent pas toujours, sur l’humanité depuis déjà trop longtemps. Ce qu’ils ne veule...

Geneviève Asse

Nous voyons chez la peinture de Geneviève Asse comme une lumière douce qui nous appelle vers tous les horizons lointains, le ciel & la mer, qui vivent par-delà nous aussi bien qu’en notre for intérieur. C’est un appel intransigeant à considérer l’immensité : mais est-ce même possible ? L’immensité c’est aussi le plus petit, de même que le ciel est dans la toile. Voici le travail d’une vie qui demande avec puissance que l’abstraction du ciel & de la mer trouve son ton, sa couleur, & comme le nuage les traverse, nous retrouvons la même vibration dans le geste aplat du pinceau sur la toile. Toutes ces toiles sont de la beauté indicible du regard qui porte sur le lointain, en même temps qu’il se tourne à l’intérieur pour voir les émotions qu’il provoque. Profonde émotion que de considérer l’impossible de la vie, des questions qu’elle nous pose lorsque nous regardons les toiles (le Ciel n'est-il pas muet?). Nous voyons comme une annonce fragile, comme peut-être un début...

Silvia Baron Supervielle, Un autre loin

Cet événement extraordinaire de la venue du jour après la nuit devient ordinaire au long de sa répétition comme un miracle toujours renouvelé de changement vers un ailleurs qui serait tel un soleil, serait telle une obscurité aussi, ce qu’il y a sans précédent prendrait son origine dans ce qui est toujours advenu  mais aussi dans la cyclicité de la fin et du début qui se mêlent tant la mort est indissociable de la vie. Seulement, puisque advenir sans retrouver ses pas ne paraît possible à la poète qu’en l’absence d’elle-même, même ce cycle immuable lui paraît interdit . Pourtant la mélancolie du vert paradis est semblable à une lente décomposition de la vie et en cette prescience d’une attente indéfinie surgit un mot qui agit comme une rupture aussi inévitable que l’éloignement du passé       Le corps n’est pas toujours un fardeau, un carcan mais plutôt un appel vers autre chose, la sphère transcendante du ciel, dans lequel la poète est aussi fascinée d’obs...