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Héritage


       Il n’y a pas d’héritage en vérité puisque ce dont parle l’Advaita Vedanta est intemporel. Je voulais cependant ainsi remercier le gourou, aussi bien extérieur qu’intérieur, pour sa transmission et sa grâce.

Ceci n’est pas un enseignement car il s’agit de retrouver une Vérité toujours connue. Tout est déjà là : il n’y a rien à apprendre, rien à ajouter à vous-même. Aussi, il n’y a pas d’enseignant ni d’élève. Chacun possède la même flamme et sa transmission a lieu à la grâce du divin par abandon de soi.

Je ne parle ici qu’en allant directement à la plus grande vérité, c’est la voie directe de l’amour. Tout est possible avec l’amour. Je prends chaque lecteur dans mon cœur pour le guider alors. Comme le soleil brille, la lumière de l’enseignement nous atteindra. La seule chose qui compte pour l’auteur de ces lignes est d’éveiller les êtres par la douceur et la poésie qui réside en chacun. C’est la seule direction de notre vie. Nous nous dévouons complètement à la tâche de la transmission de cette connaissance immémoriale. Si un être en était touché, élevé, changé, alors victoire est acquise.


Tout a commencé pour moi en 2010, lorsque souffrant d’anxiété, de crises de panique, et d’un mal-être indéfini, j’abandonnais mes études en littérature américaine, pourtant prometteuses. Je cherchais des réponses au mauvais endroit.

J’ai alors découvert la méditation, et ses effets ne se firent pas attendre. Ce fut une vraie révélation. Cette pratique me libéra d’une partie de mes angoisses. Je passais quelques temps auprès des bouddhistes et des hindous. Je lus le Tao Te Ching, Récits d'un pèlerin russe,  et le Dhammapada. Je commençais à me débarrasser de mes vasanas. Pourtant, je pressentais comme autre chose. Où donc se trouvait l’ultime Vérité que je cherchais partout, la réponse à la création, à la créature et au créateur ?

La recherche était définie pour moi comme une attente brûlante de quelque chose qui m'emporterait ailleurs. Le monde de souffrance ne pouvait seul exister. Aux premiers mots que j'entendis de Papaji, "Let there be peace and love among all beings of the universe", je sus que j'avais trouvé. Il y avait tant d’amour et de compassion dans sa voix ! Cela fit résonner quelque chose en moi qui vibre encore. Puis, lorsque je le trouvai enfin j'ouvris son recueil de satsangs, The Truth Is, et dès la toute première ligne, je fus plongé dans un état au-delà de tous les états, quelque chose d’immensément beau. Il me suffisait par la suite de regarder son visage pour m'y replonger, mais le mental était toujours là pendant les intervalles où je ne le regardais pas. Dorénavant, mon visage est tourné vers ce mystère et je regarde sans cesse le guru logé à l'intérieur du cœur, d'où découlent silence, immensité, toute paix, toute félicité. Je suis dans l'attente/présence perpétuelle de ce bonheur, laissant Cela qui agit en nous me guider. Le silence suffit pour attendre.


Cependant il nous faut croire en la bonté du cœur de chacun. Ce cœur est l'unité même qui nous joint au monde entier, quelles que soient la race, la nationalité ou les croyances. Il nous faut parfaire ce cœur comme un joyau en la beauté de la nuit où résident la tranquillité et la contemplation intérieure. Celle-ci est le piédestal amoureux où se trouve le cœur de chacun mais l'humanité méconnaît ce lieu de paix où il suffit pourtant d'un mot, d'un regard, d'un geste pour se hisser. Offrons à chacun ce trésor d'intimité en faisant régner la paix en nous. C'est le but ultime de la méditation qui n'est pas une pratique égoïste car en regardant en nous-même, c'est l'univers que nous contemplons. La méditation n'est pas non plus une simple pratique car nous sommes liés à chaque instant à Cela vers quoi elle tend. Il suffit d'être la tranquillité même sans chercher à acquérir quoi que soit. Le seul pré-requis est un cœur qui se consume au désir de la liberté : du monde, des objets, des sensations, de la terreur, de la tristesse, de l'angoisse, des rires et des joies. Ne regardons pas l'éphémère. Demeurons en l'éternité même.


Il n'y pas de remède, en ce monde, contre la souffrance : il faut le chercher hors du monde car il n'en appartient pas. Si nous voulons la paix, trouvons-la en nous-même, en notre for intérieur, et ne quittons plus la rive où nous avons étanché notre soif. Ne prêtons pas attention aux pensées qui vont et viennent car elles sont fugitives et ne durent pas mais remontons-en à la source où nous trouverons l'éternité elle-même. Par la grâce sublime, nous obtenons le désir de libération : jetons les chaînes de l'esprit pour voir au-delà, en nous-même, qui nous sommes vraiment, pas la personnalité, ni le corps ou les pensées. Laissons ces fausses extensions de nous-même s'éteindre et se dissoudre comme la vague disparaît en l'océan auquel elle appartient pour ne plus faire qu'un. Rejoignons la paix sans nom, disponible à l'instant présent, sans fond et immuable. Cette paix est plus belle que tout, présente en chacun de nous à l'instant même. Elle environne l'univers lui-même, alors pourquoi ne pourrions-nous pas y puiser ? Ne faisons aucun effort, restons silencieux et tranquilles, abandonnons-nous à la grâce qui enlèvera toutes les notions que nous avions comme une âme bienveillante enlève le fardeau pesant d'une monture en souffrance. Laissons toute place à l'amour, demeurons-y ne serait-ce qu'un instant. Amour nous embrassera.


Cela fait des millénaires que nous vivons avec nos pensées, négatives ou positives, qui sont toujours temporaires. Ne rajoutons rien à ce que nous sommes déjà par le désir d'obtenir qui vient de la pensée mais contentons-nous d'être, car nous sommes mais ne devenons pas. Demeurons dans le silence de la contemplation, faisons de l'esprit un ami en ramenant toutes les pensées à leur source qui est divine, cet au-delà sans nom que garde la nuit de tranquillité éternelle. Demandons-nous à chaque instant qui nous sommes vraiment, même si un seul instant avec notre essence propre suffit à le révéler, demeurons tant que se peut en cette stabilité d'être : équanime, douce et tendre. La paix est éternelle dans le silence d'être ; dans l'absence à nous-même se trouve enfin le repos car la personnalité, une construction, est un véritable fardeau. Laissons-nous guider par l'essence de l'univers vers un ailleurs de beauté, cet ailleurs dissimulé en nous par l'ego, le mental et l'intellect. Voici bien une vérité au-delà des mots qui ne saurait être exprimée que dans l'amour car quiconque manie les mots savamment et a beaucoup de connaissance n'aime pas forcément. Abandonnons toute notion de ce que nous avons été, de ce que nous sommes, ce mystère sans fin, et de ce que nous serons. Trouvons notre vérité à l'intérieur de nous-même et non dans le monde qui apparaît et disparaît.


Le silence est la vérité qui est en nous. Il nous faut toujours l'écouter afin de nous y fondre, d'y disparaître, telle la rivière dans l'océan. Ce silence est indéfinissable par le mental et l'intellect qu'il nous faut abandonner car ils sont un vrai fardeau d'où découlent la souffrance, la misère et la tristesse. Au contraire, soyons toujours dans l'attente de la beauté qui les transcende, cette beauté qui n'a pas de nom. Il n'y a aucun effort à faire pour la trouver, demeurons simplement tranquilles, sans mouvement du mental, un seul instant. Ouvrons nos mains pour recevoir ce diamant sans prix. Ce diamant requiert toute notre attention, tout notre amour et ne supporte pas qu'il y ait un autre objet que nous désirions, ainsi si votre cœur est déjà pris vous peinerez à le trouver, si votre mental vous appelle ailleurs, il vous échappera. Attendons le silence et l'amour avec constance, croyance et patience.


L'amour ne se trouve pas dans le monde mais en nous. Ainsi, détournons notre regard du monde des objets pour le tourner vers l'intérieur, vers notre vrai visage. Il suffit d'attendre sans attente. La paix viendra à nous dans toute sa splendeur. Nous y demeurerons par la suite. Elle est toujours présente sinon voilée par l'ignorance tel l'homme qui la nuit aperçoit un serpent et une fois le jour levé se rend compte qu'il s'agissait d'une corde. Toute ses craintes sont levées avec l'aurore éternelle du Soi. Même son ignorance première en découlait, car le mental n'est qu'un reflet du Soi. Les montagnes, les rivières, sont là puis le jour se lève et elles demeurent en elles-mêmes, toujours plus belles par la radiance de celui qui les voit. Le monde dépend de celui qui le voit pour exister. Ainsi pour celui qui se connaît par-delà les noms et les formes, il n'existe plus de monde, et pourtant il y vit encore, quel grand mystère que cela. Tout est parfait pour celui-ci et le monde ne requiert plus son attention. Le monde devient le reflet de son Cœur.


La Lumière en nous est au-delà de toute définition mais il nous faut justement la connaître au-delà de tout. Ne doutons pas qu'elle se révélera dans toute sa splendeur car elle est notre nature divine, Satchitananda, Être-Conscience-Félicité. N'est-il pas étrange de connaître ce qui ne peut être connu ? Seul ce mystère peut exprimer la beauté de l'être en sa conscience d'où provient la félicité. Pour trouver la paix ne nous fions pas aux mots ou à aucune définition. Ils ne sont que le doigt montrant la lune, ne nous y attachons pas. Si vous exprimez que vous ressentez le silence, vous avez déjà perdu ce que vous cherchiez. La Vérité n'a que faire des mots ou des définitions que vous lui imposez. Elle est :"I Am That I Am". (Exodus 3:14). Perdons tous nos concepts, toutes nos idées, chaque mouvement de notre esprit. Ne faisons plus aucun effort, et ne pratiquons aucune méthode. Montrons-nous simple et offrons-lui simplement notre Cœur qui se consumera à sa Lumière. Succombons à l'étreinte de la bien-aimée.


Cependant, la Lumière est éternelle. La nuit l'accueille en son sein grâce à la lune. La nuit de quiétude et de contemplation n'est rien d'autre que Lumière en vérité. Vivons toujours en cette douce temporalité de la nuit. Oublions un peu le jour et ses activités pour nous retrouver tels que nous sommes. Je ne parle pas seulement du sommeil profond mais de quelque chose qui transcende les trois états (veille, rêve, sommeil profond). Cet état transcendantal est turiya. C'est là notre nature même. Soyons telle la lune qui apporte sa Lumière en pleine obscurité, cette Lumière est en nous-même. Elle rayonne en notre Cœur. Sommes-nous obligés de faire un quelconque effort pour ne pas vivre dans l'obscurité ? Non, la Lumière est là qui nous illumine. Celle-ci abrite nos Cœurs et détruit l'arrogance de la personnalité. Elle éclaire chaque parcelle de notre être.


La distance qui nous sépare est illusoire puisque le cœur est l’union de chacun. Nous sommes tous issus de la même énergie, du même Être, de la même essence : le courant qui sous-tend la création. Il n’existe rien d’autre que Cela car le monde des perceptions est illusoire, comme il est possible de s’en rendre compte lorsque nous réalisons que nous sommes ni le corps (et les organes des sens), ni les pensées. Le monde est tel un rêve où chacun va, soit en sommeil, soit pleinement éveillé. La source de ce rêve, qui est aussi notre création, est Cela. Quelle liberté acquise dès lors que nous le comprenons !L’Essence est consciente de nous et au travers de nous perçoit la beauté de l’univers dans ce grand songe qu’est la vie. Sommes-nous conscients de la Conscience ? Nous sommes non seulement ce que nous sommes, nous sommes ce qui Est.


A la racine de tous les maux se trouve la personnalité, arrogante, toujours insatisfaite,  toujours en quête d'obtenir et d'acquérir mais rien ne lui demeure jamais. Sans elle, nous découvrons en notre for intérieur la beauté du cœur, l'Atman éternel, et sans elle, nous vivons par la grâce de l'univers, ce Brahman éternel. Nul ne peut faire un pas de côté en dehors de soi-même, nous sommes toujours celui que nous sommes et ce sentiment anime l'univers et les créatures. Seul l'acteur dans le théâtre de la pensée espère qu'il pourra être davantage que ce qu'il est déjà. C'est en notre nature réelle que nous pouvons enfin nous reposer du poids de l'existence terrestre, le samsara. Imaginons une monture chargée d'un lourd fardeau qui erre dans un désert les yeux bandés, en quête de quoi se désaltérer. C'est notre condition. Seule la bienveillance de l'Être et de la Conscience suprême a le pouvoir à la fois de nous décharger du poids de l'esprit, d'ouvrir nos yeux pour que nous retrouvions notre chemin et de nous faire boire éternellement à la source des plaisirs qui ne passent pas, la paix, l'amour, la compassion mais aussi parfois la création, car c'est dans notre nature de communiquer en transcendant les émotions par la musique, la peinture, la photographie, toute forme d'art. Ainsi tenons toujours par la main la bien-aimée qui a su enlever le tissu qui recouvrait nos yeux.


Soyons toujours dans l’attente du silence. L’attente et le désir de libération sont la même chose. Ils brûlent en nous tel un brasier afin de faire feu de paille de tout ce qui n’est pas nécessaire, de tout ce qui n’est pas réel. Ce qui est réel est ce qui demeure, ce qui est irréel est ce qui passe. Voyons toujours l’un et soyons aveugles à l’autre. Trouvons la demeure du cœur dans le silence et la tranquillité, au-delà de l’action et de l’inaction, dans la danse éternelle de la vie et du monde que nous observons depuis ce logis. Abandonnons-nous à ce mouvement cyclique de la vie, où toutes choses vont sans notre volonté. Abandonnons cette inutile volonté, celle de l’ego qui trouble et fait souffrir. Sans ego, pas de samsara.


La beauté de l’univers est en nous. Celui-ci n’existe pas hors du cœur qui est nôtre. La Conscience vit au travers chacun, c’est-à-dire, nous sommes tous issus d’une même et unique Source. Et c’est au travers de l’esprit de chacun, qui n’est que reflet de la Source, que le monde semble prendre une consistance indéniable. Pourtant, en l’état de rêve profond, nous n’existons plus ni le monde ; en l’état de veille de l’éveillé, c’est la même chose : « Celui qui est maître de soi est éveillé à Cela (le Suprême) qui, pour tous les autres êtres, est nuit obscure ». (Bhagavad Gita, II. 69). Le rêve de la nuit est notre création, de même le monde est le rêve du jour qui est notre création.


Je ne trouverai la paix que dans le Cœur.

Le Cœur est le refuge de chacun contre la souffrance.

Si quoi que ce soit se produit, que cela passe et que le Cœur demeure.


Le parfum du Soi est toujours nouveau et frais. Les expériences quant à elles ne font que se répéter en demeurant les mêmes et la déception qu’elles entraînent de n’être jamais suffisantes. Les expériences sont cruelles car le mental n’a que faire de nous, mais le Soi est la compassion et la grâce incarnées et teintera le mental de ses qualités si nous nous y logeons. Non seulement Il teintera le mental de ses qualités, mais il prendra en compte la direction que notre vie doit suivre et prendra soin de nous afin que nous nous reposions sur lui comme un nouveau-né posé sur le sein de sa mère.


Puisqu’il nous faut vivre et agir, acquiesçons à la vie qui se déroule d’elle-même, sans notre volonté, et agissons sans désirer le fruit des actions, c’est-à-dire faisons en sorte que nos actions s’effacent d’elle-même, et ne laissent aucune trace sinon celle du pur amour. Alors agir devient non-agir et non-agir devient agir.


Prenons soin de notre jardin, apportons notre attention à ses fleurs. Ce jardin n’a pas de lieu et les fleurs qui y poussent ne sont senties que par l’âme sainte et pure, qu’exalte le parfum de la Vérité. Ces fleurs ne nous appartiennent pas. Qui percera le mystère de leur odeur, unique et multiple à la fois ? Récoltons en notre âme le fruit de la perfection. Au-delà des sensations, par-delà tout espace, se trouve le lieu du repos, notre séjour et demeure.


La vacuité de l’être est la plus belle chose qui soit. Le silence intérieur va de pair avec cette beauté. Bien que nous semblions exister et le monde, rien ne fut jamais. Avant le créateur et la créature, nous sommes. Avant le monde, avant nous-mêmes, nous sommes.


        Le Soi n’est pas un vêtement que l’on endosse, c’est notre nature même.


Tournons notre visage vers l’intérieur, là où réside toute la beauté de l’univers. Celui-ci est magnifique et exprime la fin de toute solitude car la bien-aimée y réside et prendra toujours soin de nous. Elle n’a ni nom ni forme et est plus belle et pure que tout. C’est notre amie éternellement.


Il nous faut voir comment l’espace qui est en nous est plus beau que tout, au-delà même de la définition de beauté ; il suffit d’un instant pour le percevoir. Ainsi, nous savons à quel point il est innommable et transcendant puisque enfin il n’est rien d’autre que l’au-delà, ailleurs que le « je ». C’est le grand « Je ». Nous faisons l’expérience que la lumière  diffusée par lui n’a pas de limite. Plus tard, nous devinons que l’espace illuminé n’est rien d’autre que le monde. Alors, nous ne sommes plus vraiment de ce monde, tout en y vivant, mais appartenons à la lumière car celle-ci est resplendissante et atteint tout ce qu’elle touche. Puisque le monde et nous-même n’en sommes pas différents, nous pouvons dire qu’il n’y a ni asservissement ni libération. Ce ne sont que deux concepts, qui appartiennent pour un temps à celui qui a le désir de liberté, mais dont il se débarrasse par la suite. Il y a cette invitation en nous que nous ne pouvons refuser vers un espace qui n’en est plus un, vers le temps qui n’existe plus, vers les idées qui s’évanouissent, vers les concepts qui n’ont plus lieu d’être.


Bientôt, il y a pour le chercheur l’abandon de la recherche. Alors tout se révèle. Il ne s’agit plus de devenir quelqu’un d’autre mais simplement d’être. Ici nous sommes plutôt dans le dépouillement que l’acquisition de nouvelles choses, d’un nouveau savoir. Alors le silence se suffit à lui-même. Il n’y a rien d’autre à faire que de demeurer tranquille et silencieux. L’activité, qui n’en sera désormais plus une surgira d’elle-même. Nous ne désirons plus rien, ni quitter les actions ou agir, ni être libéré ou enchaîné. Nous ne vivons plus et pourtant nous ne mourrons pas. Nous nous reposons là où nous voyons « la montagne du couchant » (Ashtavakra Gita 18,85) c’est-à-dire nous demeurons là où resplendit la lumière aussi bien intérieure qu’extérieure. La beauté du Soi réside intérieurement mais elle resplendit aussi à l’extérieur dans un objet que nous ne haïssons pas et qui par un sublime jeu de reflet se trouve également être à l’intérieur de nous.


« Je Suis Celui qui Suis ». Voilà bien la vérité puisque nous sommes l’essence même. Avec la réalisation, le « petit je » laisse la place au « grand Je » tandis qu’ils demeurent tous les deux dans le monde, l’un en apparence, l’autre comme substrat infini de l’existence. La lumière que nous percevons alors n’est autre que celle du cœur. Elle nous illumine directement tel un soleil tandis que celle de l’esprit n’est que reflet de celle originelle, comme provenant de la lune. Bientôt, nous saurons combien l’éclat du Soi est resplendissant. Il est dans le cœur du sage qui ne vit plus pour les objets du monde mais dans un univers tout intérieur dont les contours dessinent une fragile beauté, intemporelle, éternelle cependant, et si délicate qu’il faut en prendre soin comme d’une bougie dans le vent. Cette flamme est révélée au cœur pur.


Nous concevons que nous ne sommes rien sans le Soi. Il est le substrat éternel de l’existence toute entière, et nous, plongés dans les ténèbres sans lumière, nous désirons de l’apercevoir. Qu’est-ce qui constitue ce Soi et par inférence, qu’est-ce qui nous constitue ? Nous venons de l’esprit, qui est un reflet du Soi, et Celui-ci est sans attributs, inchangé selon les circonstances, tandis que le corps et l’esprit sont livrés au changement : nous ne sommes donc ni le corps ni l’esprit, puisque nous sommes de même nature que Cela qui est notre source. Il n’y a rien de plus beau que Cela et il n’y a rien de plus beau que l’existence, son leela, son reflet et jeu divin.


Il nous faudrait écouter le silence de la nuit, celui qui nous veille de tout temps, là où le temps n’est qu’illusion, où la rencontre de deux êtres se fait en un unique cœur, où les étoiles de l’univers brillent sans cesse à notre encontre. Vivons la nuit comme en plein jour, et le jour comme en pleine nuit. La nuit n’est que le reflet du jour, et inversement. La vie n’est qu’un songe qui s’évanouit. Le corps est changeant, l’esprit est changeant, seul le substrat en demeure. L’intuition que le monde visible n’est pas tout nous guide vers lui. Alors nous sommes face à face avec nous-même, avec la fragrance de l’amour indivisible et éternel, là où il n’y a plus rien que la félicité. Comment expliquer le mystère de l’amour que nous ressentons à ce sujet ? La raison ne le peut. C’est le mystère de l’incarnation sur cette terre où nous sommes perdus à jamais pour nous retrouver en l’ailleurs.


Par-delà la nature humaine, qui est notre pensée et notre corps, il y a l’Atman. Il s’agit de notre nature divine. Elle est tout ce que nous sommes, et tout ce qu’est l’univers, c’est Brahman. Les deux sont unis et ne font qu’un. C’est notre héritage divin. C’est notre nature même. Beaucoup la renient, certains la cherchent, peu la connaissent. Parmi ceux qui l’ont trouvée, il y en a faisant marche arrière dès que se présente à eux un objet désirable. Ils ont vu une beauté à couper le souffle et pour de la poussière, ils se laissent mener ça et là par leurs pensées. Ils ont perdu le calme, la sérénité, la sagesse. Tandis que pour le sage bien établi en l’Atman, tout est possible, ses actions sont spontanées, et même si elles semblent parfois contradictoires, elles naissent toutes du même lieu intérieur que tant désirent. Ces sages ne vivent plus guidés par leur pensées ou par leur corps, mais seulement par l’amour divin. Centrés en Cela, il n’y a plus personne pour faire l’expérience des actions. La joie, la souffrance, et toutes émotions sont là ; elles n’ont plus guère d’importance en vérité. Elles sont comme les multiples gouttes d’embrun de la vague qui se fond à l’océan. Morts à la vie, ils sont vivants. Vivants, ils sont déjà morts. Sans naissance, sans mort, ils existent.


Cet espace intérieur où tout se déroule en nous est le même où l’univers se dévoile. Il n’y a pas de différence entre l’un et l’autre. Intérieurement, extérieurement, tout est tel qu’il est. Voici bien une paix si méconnue dans le monde. Tant cherchent à l’extérieur une chose désirée, font beaucoup d’efforts pour l’obtenir, et une fois ceci fait, s’en détournent. Peu font autant d’effort pour trouver le joyau du cœur, tout intérieur, où s’ils en font autant, c’est alors qu’ils souhaitent le posséder, comme pour acheter une chose extérieure après la convoitise, mais ce joyau n’a pas de prix car dès qu’on le trouve aussitôt nous disparaissons ; celui qui croyait obtenir quelque chose est maintenant possédé par ce joyau ; personne ne le possède car il appartient à chacun en héritage des deux seuils de la vie et de la mort qui nous le font percevoir. 


La vie est telle que nous l’imaginons mais en réalité elle est au-delà même de nous ; c’est le mental qui nous dicte ces choses sur nous-même, sur tout ce qui nous entoure, mais nous sommes au-delà de ça. Nous nous trouvons dans un océan sans fin de beauté, où nulle douleur n’a jamais existé, où les cycles n’ont pas lieu, où la verdure qui nous repose est éternelle. Voici bien une vision d’amour éternel, tendons la main et elle est là pour nous saisir d’une étreinte qu’il est impossible d’oublier ; elle a toujours duré, dure, durera toujours. Toute pensée de séparation n’existe pas : nous sommes. Chaque douleur que nous ressentons n’est qu’un effet du corps et du mental et comme nous existons par-delà, nous osons dire : je suis libre. En ce lieu où le soleil, la lune, les astres ne sont plus pour exister essentiellement, où l’univers entier a disparu pour mieux retrouver ses racines, se trouve la félicité de l’union divine avec le Soi. Nous sommes toujours en ce lieu, en nous-même, en l’autre, en l’univers entier. Soyons toujours dans l’attente, désir brûlant de trouver la paix, du moment indicible où nous ne faisons plus qu’un avec l’unité. Tant que nous existons, nous ne sommes pas et si nous ne sommes pas, nous existons désormais. Ne vivons pas dans le songe du mental. Réveillons-nous à la suprême beauté qui nous conçoit.


La félicité est ce qui nous demeure par-delà le mental. Goûtons-y donc comme au nectar divin car elle nous appartient. C’est notre demeure éternelle, le lieu où nous logeons en vérité ! Le mental peut être plein de souffrance, laissons-la donc agir sur nous, sans chercher à la repousser, à l’éteindre, à nous en distraire, comme nous en avons l’habitude, et nous verrons qu’une fois cette résolution prise, nous avons déjà accompli une belle partie du chemin, car ainsi nous sommes complets, car ainsi nous avons accepté notre totalité, car ainsi souffrance va s’évanouir d’elle-même. C’est notre part d’ombre, notre part obscure que nous mettons au grand jour et elle ne supporte pas longtemps la lumière de notre conscience. Qu’il y ait souffrance ou joie, laissons les émotions nous traverser comme la brise. La brise souffle aussi bien sur l’ordure que sur la fleur, sans s’attacher à rien. Soyons telle. Par-delà noms et formes et les émotions que nous y attachons se trouve la Vérité. La Vérité n’a ni nom ni forme et la fleur de notre conscience s’y épanouit. Demeurons en l’univers comme l’univers demeure en nous, car le véritable amour est de se reposer l’un en l’autre. Soyons confiants en l’amour, c’est notre nature et notre don. Il est en nous le plus précieux, le plus secret, comme un soupir, comme quelque chose qui murmurerait et ne demanderait qu’à s’exprimer. La plus merveilleuse grâce du divin est que cet amour ne connaît ni limite ni fin. Plus nous donnons, plus nous recevons.


Au temps où le corps et le mental sont soumis à rude épreuve, nous voyons combien il est important de se laisser guider par l’ailleurs. Ceux qui exigent autre chose que l’espace du moment présent se perdront toujours en conjectures sur ce qui a eu lieu et encore sur ce qui aura lieu. Ils se demandent toujours pourquoi sans jamais accepter de tout leur être ce qui est. Ils ne cessent de se questionner, et certains de vouloir donner des réponses. Il n’y a pas d’autre solution que d’être pleinement. Soyons, soyons, soyons simplement. Il n’y aura plus besoin de questionnement ou de réponse, ou bien, cette dernière se présentera d’elle-même, selon la vie. Accordons ne serait-ce qu’un instant à ce que nous sommes par-delà, au-delà par-delà. Apercevons cet instant sacré où tout disparaît, où tout rayonne en notre beauté. C’est notre héritage, accordé à l’âme pure qui brûle complètement du désir de l’ailleurs.


La paix, nous l’avons depuis toujours. Elle est là qui a de tout temps demeuré en nous. Sans elle, rien n’est possible. Elle est le substrat de la création et des créatures et, sans elle, rien n’est possible. L’humain est capable de savoir que le monde l’entoure, de nommer les choses mais il se les approprie vainement car elles ne lui appartiennent pas, ainsi qu’il ne s’appartient pas. Quelle est cette force qui nous anime ? Peu se questionnent à ce sujet… Nous sommes l’expression de la vie, en cela, nous ne sommes pas différents de l’univers. C’est le Soi qui nous donne vie en reflet de son immensité, sa bonté, son amour. Rendons-lui grâce ; nous ne sommes rien d’autre. Comme il est doux d’avoir reçu ce don en héritage. Comme il est doux d’enfin savoir que nous pouvons nous abandonner à cette vie si belle. Tout est ce don à l’instant même. Nous nageons en plein océan de bonheur, sans jamais pouvoir le quitter. Acceptons tout ce qui nous vient, et tout ce qui nous quitte. C’est ainsi que vont les choses, c’est le va-et-vient de cet océan merveilleux. C’est la vague qui s’élève et qui chute sans pour autant jamais se différencier de sa matrice. 

Pourtant, nous nous demandons que faire de la mort, des souffrances, des douleurs, ainsi que des tragédies et des malheurs. Le début n’advient pas sans la fin ; et ils ne sont qu’illusions de l’esprit par rapport à l’éternité qui est notre héritage. La souffrance, la douleur, font partie des rôles que nous tenons dans le théâtre du leela. Elles n’en sont qu’une facette et bien souvent nous mènent à mieux concevoir notre impuissance, à moins vouloir diriger notre vie selon le mental, les projections et les concepts, à accepter de tout notre être ce qui se présente à nous. Une fois la personne libérée de son identification avec le mental et le corps, il n’y a plus personne pour faire l’expérience des tragédies et des malheurs, ils existent en témoins de l’existence qui continue, et doit continuer jusqu’à l’épuisement de la forme de vie que nous sommes, selon notre karma prarabdha, comme le tour du potier qui continue à tourner une fois son vase accompli.


L’esprit n’est qu’une illusion, le corps est une illusion, le monde est une illusion. Seul ce qui demeure est vrai, trouvons-le en nous même. Il n’y a que cela qui existe. Il n’y a que cela qui existe. Il n’y a que cela qui ne passe pas. C’est en nous-même que nous le trouverons et parfois même nous en voyons un rayonnement temporaire en ce dehors de nous, mais qui est en nous. C’est-à-dire en observant un animal, une fleur, un cristal, toute chose belle de la création. La création est un reflet du Soi, cependant elle n’est pas le Soi, mais pour celui qui Le perçoit en lui, elle devient un reflet de Son cœur même. Il s’agit en revanche d’avoir une une perception directe de l’essence même des choses. Si vous placez un miroir en face d’un objet, vous verrez son reflet, de même, nous ne voyons le monde qu’au travers le prisme de l’esprit. Si nous plaçons un miroir en face d’un miroir, qu’y a-t-il alors à refléter ? C’est la perception directe. C’est l’éternité qui se contemple elle-même. C’est le regard sur nous du divin dont nous percevons enfin la beauté. En cela maya est impénétrable de mystères. Elle peut être perçue directement, ce miroir du Soi, si nous ne nous voyons plus en elle, si nous ne devenons plus en elle. Soyons le miroir qui renvoie au miroir l’image de l’éternité. Tout est un. Celui qui aperçoit un serpent le soir, se rend compte à l’aube qu’il ne s’agissait que d’une corde. Dès lors que la connaissance, qui est pure vision, se révèle à nous, le serpent perd toute réalité. Le serpent existe tant que nous voulons y croire. 


Bhakti yoga et Jnana yoga sont deux aspects d’une même chose. Le bhakta qui est forme et nom, révère Dieu qui est forme et nom, le troisième élément, la dévotion ou amour, est l’essence non-manifestée de Dieu. La dévotion est la Conscience et par son entremise, nous percevons Dieu. Le Jnani a transcendé la forme et le nom pour ne plus faire qu’un avec amour. Toutes les rivières, aussi sinueuses soient-elles, se jettent dans l’océan d’amour. 


Les Dieux se sont manifestés pour nous guider vers notre vérité, notre véritable nature. Tout cela est devenu culte, dogme et sectarisme par la mécompréhension de l’esprit, qui cherche à s’accaparer toute chose, en ceci, l’essence au-delà des mots de la beauté qui nous conçoit. L’enseignement primordial de la divinité est la fin de la souffrance. Les dieux ont revêtu l’existence terrestre, de souffrance, afin de nous montrer le chemin de sa transcendance. Par la souffrance vient la grâce de la rédemption. Cette souffrance s’exprime par les désirs, notions, concepts, idées. Le monde, les autres, deviennent tels que le mental les perçoit. Soit nous nous identifions au mental, et à la souffrance, soit nous nous en libérons. En souffrant tellement, nous pouvons nous demander s’il n’existe pas autre chose que cette douleur, cette infinie tristesse de vivre retranchés, semble-t-il, de l’Essence. C’est ainsi que naît le désir de libération. Seul pur désir, qui domine alors tous les autres. Il finit également par disparaître lorsque le chercheur de libération entend : Tat Vam Asi, tu es Cela. Que demeure-t-il alors ? C’est l’Éternité.


Le chercheur pense qu’il y a une vérité à trouver. Par la grâce de celui qui lui jette un regard de compassion, il voit dans ce regard un reflet de la Vérité ultime. Celle-ci se trouvait en lui-même. La dualité de la quête est terminée. La quête est comme absorbée en la Vérité qui est au-delà de la notion de dualité ; il ne demeurerait plus que l’unité. Cependant cette Vérité étant au-delà des concepts, et puisque le chercheur a rejeté la dualité, il lui faut aussi se détacher de l’unité. Sans dualité, où est l’unité ? Il ne demeure plus qu’un espace ni duel ni un : « Bien que toutes les dualités proviennent de l’unité, ne soit pas même attaché à cette unité » (Xin Xin Ming, Jianzhi Sengcan)  C’est ainsi que nous voyons désormais le monde comme un mystère émanant de la Source : nous ne sommes pas différents du monde, et pourtant nous ne le sommes pas non plus. 

Voici bien comment, le libéré vivant rejette chaque chose qui se présente à l’esprit et aux sens pour mieux trouver ce qui est indiciblement beau. Ni vide ni plein, ni là ni ailleurs, ni deux ni un, il rejette chaque chose. En ce lieu qui ne se trouve nul part et qui est pourtant toujours là, même l’opposition connaissance / ignorance n’est plus. Il y avait l’ignorance (identification avec les noms et les formes), qui était ce que nous connaissions seulement, et désormais il y a la connaissance de l’ignorance : il y a quelque chose que ni l’intellect, ni les sens ne peuvent comprendre. Pourtant il ne s’agit pas non plus d’ignorance : c’est ce qui nous constitue, c’est notre nature même, que nous avons toujours conçu intimement : « La seule véritable Connaissance est ni connaissance ni ignorance. Ce qui est connu n'est pas la véritable Connaissance. Puisque le Soi brille sans rien d'autre à savoir ou à faire connaître, Cela seul, est la Connaissance. Ce n'est pas un vide. » (Uḷḷadu Nāṟpadu, ou La Réalité en quarante versets, v. 12, Ramana Maharshi)


La lumière qui est en nous est l’éclat de la Conscience suprême. Cette lumière est éternelle. Faisons le vœu d’y demeurer toujours. Bientôt l’esprit s’élèvera contre notre volonté. Demandons-nous à chaque fois contre qui l’esprit s’élève ; et logeons-nous dans la présence « Je Suis ». L’esprit et ses manigances sont arrogance, et changent avec le temps, considérons-les depuis un espace neutre de toute intention, et nous verrons que, cependant, le jeu de l’esprit peut être aperçu avec compassion et tendresse envers nous-même. Ce n’est que le jeu de l’esprit. Il n’a pas d’existence réelle, varie, et tire toute sa force de son attachement aux objets. Pourtant, nous sommes le Sujet et celui-ci ne change pas.   Il Est : demeure. Ce bel espace d’éternité est satchitananda. En vérité : « Le royaume des cieux est en vous » (Lc 17, 21).


Il y a tellement de souffrance en l’esprit ; l’esprit est changeant et nos souffrances multiples. Que celui qui peut entendre, entende : existons plutôt par-delà l’esprit puisque nous trouverons alors un lieu de paix et de repos. Nous ne sommes pas la souffrance que nous ressentons. Nous sommes la Présence qui la perçoit, et plus nous percevons la souffrance, moins elle s’attache à nous. Peine, douleur, tristesse, ne sont que le jeu de l’esprit. Ne jugeons pas de l’instant qui se présente, ne soyons pas prompts à réagir à nos idées limitées, à cet ego qui voudrait s’attacher aux objets, aux émotions et aux désirs pour les acquérir. L’ego, c’est le samsara. Il est soumis aux limitations de l’esprit. Dès lors que nous le transcendons, nous nous alignons avec notre pure destinée, intérieurement, extérieurement. Cela peut prendre un temps, ou cela peut être soudain. Trouvons tout d’abord la paix en nous, nous en serons comblés, emplis, enivrés, alors nous pourrons l’offrir au monde. La paix intérieure trouve un chemin pour s’épanouir, s’épancher vers l’univers. Alors, tout est bien.


Nous sommes la présence de l’univers à nous-même. Cet univers est nous-même et nous sommes cet univers. Voici bien qu’il y a le macrocosme et le microcosme et qu’ils sont tous deux en nous. Nous sommes aussi le silence car en lui se résume la perfection. C’est cette perfection que nous atteignons dans le silence. Voyons comme notre cœur spirituel bat à la lumière qui nous échoit. Ce cœur, c’est notre centre, c’est nos racines qui se plongent dans l’Amour. L’Amour n’a pas de nom ni de forme, pas d’attachement, pas de concept, pas d’idée. Nous le trouvons là où les noms et les formes s’évanouissent. Il est possible de l’incarner dès lors que nous sommes profondément ancrés en nous, au soi profond, là où pensées, sensations, émotions, se rejoignent et ne font plus qu’un avec le tout et s’y fondent. C’est le samadhi.


Voici que nous sommes nombreux à rechercher la paix. Elle se trouve dans le silence qui se trouve dans notre cœur. Il s’agit de retrouver l’état qui rejoint tous les états. Nous sommes dans la paix déjà : observons, observons, observons, ce qui se passe en nous et nous contemplerons l’amour que l’univers a pour nous car nous n’en sommes pas différents. La paix en nous c’est atman, la paix de l’univers c’est brahman et les deux sont semblables. Il n’y a pas de début ni de fin à la méditation : c’est notre état perpétuel. Seulement les pensées, les sensations, les émotions, qui nous sont habituelles le recouvrent. La méditation se trouve dans le silence intérieur qui est infini et éternel. Alors, demeurons silencieux et tranquilles, immobiles et en paix, immuables et éternels sans naissance ni mort. Il ne vaut mieux pas, même si ça arrive, d’être subjugué par l’observation, en demeurant toujours un témoin de tout ce qu’il se passe en nous. En effet, nous pouvons être l’observateur mais nous pouvons le transcender pour appeler à ce qui est au-delà et l’observe lui-même. C’est la présence du “grand Je”, c’est le fond immuable de notre être comme de toute chose vivante existant ici-bas et aux cieux. Tout est régit par ce Soi qui nous considère et nous contemple, duquel nous ne sommes pas différents et où nous trouvons nos racines, notre souche, notre socle.


Le jeu de l’univers est le jeu de la création, c’est le leela du créateur, et la danse divine que nous entretenons par son biais. C’est le mouvement de tout l’univers. C’est tout ce que désigne le créateur où nous dansons le jeu de la vie.

Cependant en contrepartie de leela, il y a maya. C’est l’illusion qui perd celui qui est voué au monde. Autant nous apprécions le jeu de la vie avec l’un, autant, avec l’autre, nous nous égarons dans des illusions qui nous perdent. Il est difficile de percer le voile de maya lorsque nous sommes pris dans ses rets. Mais il suffit d’un instant, d’une seconde, pour en être libérés à jamais. Cette seconde vous appartient. Dénudons-nous à l’infini qui nous révélera la bien-aimée. Alors nous pouvons profiter de leela, tout en gardant à l’intérieur du cœur la place qui demeure à Cela qui nous constitue et nous guide. Voilà le secret de l’existence : ne nous attachons pas à ce qui passe, demeurons à ce qui reste. 

Ainsi, il y a en nous cette espace, cette source, par-delà le mental et le corps, et les noms et les formes. C’est tout ce qui les constitue. Si nous sommes perdus en maya, alors c’est pourtant ainsi que l’a désigné la grâce que nous octroie le divin. Mais cette même grâce peut nous libérer. Abandonnons-lui absolument tout, le corps & l’esprit, les sensations & les émotions. Alors elle nous embrassera pour toujours nous prendre dans sa douce étreinte.

D’ailleurs, nous savons que pour le sage bien établi, il n’y a ni libération, ni enchaînement. Tout est tel qu’il fut toujours. Avec une épine dans le pied, nous nous servons d’une autre épine pour l’enlever. Mais une fois l’épine partie, nous ne conservons ni l’une ni l’autre.

Pour nous, seul importe le cœur ; l’amour infini.


Laissons-nous guider par le silence pour un temps. Trouvons notre vrai visage, notre vraie nature, dans le silence. Notre visage resplendit à l’écho du silence, notre vraie nature s’éveille à son empreinte. Ainsi, nous voyons Cela que nous sommes en vérité, dissoudre toutes les pensées erronées dont nous nous entretenons à propos de notre existence. Nous ne sommes pas tels que nous le pensons, nous sommes Cela qui est : « Je Suis Celui qui Suit » dans la Genèse. Si seulement nous étions en notre centre, notre racine, notre socle, alors nous trouverions la paix qui ne passe pas. Laissons le silence, mais ce n’est qu’un mot pour nous intéresser, nous guider vers Cela, vers le Soi, vers la Conscience Suprême. Nous sommes la Conscience Suprême, le Soi, Cela. Nous sommes pur amour. Un seul de nos regard sanctifie la terre entière, sanctifie, purifie et ennobli envers quoi il se tourne, où il se pose. Notre parole est la brise printanière qui redonne vie au monde entier, en une floraison de pureté que rien n’atteint. C’est la brise qui porte avec elle le pollen de la Vérité pour faire fleurir les bosquets de l’Éveil à l’amour. Sur ce sentier, nous avançons avec la certitude de trouver en notre for intérieur une paix toujours plus profonde, intense parfois, légère à un autre moment, toujours présente à nous. Tournons nos yeux vers l’intérieur, car quoi que nous voyions hors, cela n’est jamais suffisant pour subvenir à la soif d’acquisition, de savoir, de nouveauté de la personnalité, de l’ego qui est arrogance de se croire seulement vivant, seule vie, indépendante de tout, qui avance par la force et la sujétion du monde. Laissons-nous aller simplement au silence et nous trouverons la paix. Abandonnons nos pesants fardeaux. Pour un temps, demeurons en solitude avec l’univers pour mieux y voir le rayonnement de l’essence qui nous conçoit.


Il y a tant de beauté à percevoir en nous que c’est inconcevable. C’est le fin fond de l’amour qui ne connaît pas de limite dans lequel nous nous plongeons et que nous contemplons sans cesse. Cet océan nous baigne et nous entoure, avec ses marées et ses courants. Sur celui-ci, nous sommes comme la vague qui n’est pas différente de sa Source, de son Essence, comme nous ne sommes pas différents de l’infini pouvoir qui nous conçoit, l’univers, la créature, la création et le créateur. Retrouvons-nous en ce substrat qui nous est corollaire, qui nous existe, qui nous parle doucement, aussi doucement que la rosée de l’aube se dépose sur le pétale de rose. Buvons de cette eau fraîche qui nous offre un parfum d’ailleurs que sur les chemins bien parcourus, bien connus, du mental et de ses concepts. Relâchons donc l’attention que nous portons aux pensées, sensations, émotions, pour nous envoler vers la sphère céleste qui est notre héritage. Entendons enfin que l’Éternité est notre nature. Le sage bien établi trouve la paix intérieurement, toujours en lui-même, en son cœur qui est le biais aimant où il voit extérieurement, où il agit et perçoit. Il est dans la nudité ultime de celui qui a tout rejeté, y compris l’idée qu’il se faisait de lui-même, de sa vie et des autres. Tel intérieurement, tel extérieurement.


Il y a un devenir en l’ailleurs, il est tel que la personnalité s’y dissout, tel que l’égo n’y peut plus rien. C’est un beau parterre de verdure qui s’offre à nous, où nous reposer dans la plus grande paix, où voir jaillir le bonheur, la joie et la félicité. Pourquoi est-ce que si peu savent le connaître ? Nous ne savons quand c’est si beau car c’est sans doute la force du mental qui veut cela. Il est pourtant tel un fantôme qui n’a pas de consistance, qui ne devrait plus nous effrayer. Mais il ne cesse de nous dicter notre façon de vivre, ne cesse de ne pas nous aimer et de ne pas aimer autrui. Il est à l’inverse du cœur où chacun pourrait se loger pour toujours à jamais. Ce logis du cœur est en notre for intérieur, il est dans la méditation paisible, est dans la quiétude et la contemplation, le silence. Certains désirent ce silence ardemment, c’est leur seul désir, et en abandonnant tout le reste, ils n’ont plus un pas à faire vers lui car il les accueille et vient vers eux, on pourrait dire s’approche d’eux pour les bénir, comme la bien-aimée nous tiendrait dans ses bras lors du séjour nuptial. C’est une étreinte d’une grande pureté que voici et elle n’embrasse que le pur de cœur, elle n’aime que la sainteté. Devant elle nous sommes absolument nus, dénudés de la parure du mental. C’est dans ce silence que naît chaque chose, il en est le fondement, le substrat et la vie profonde. Le reste vient s’y greffer par la suite, en est la continuation et le désir, la manifestation et l’enjeu de l’existence terrestre car nous menons notre vie comme nous l’entendons, soit reliés au tout ou non, soit unis à l’amour ou non, soit perdus dans l’inessentiel ou non. Il y a bien des choses superflues au bonheur quand nous aimons la simplicité. Le sage aime la solitude, même s’il est très entouré. Il retrouve cette solitude en lui-même et c’est tout ce qui lui convient car il sait au fond de lui que le monde passe avec ses envies, ses désirs et ses amours.


Les fleurs que nous cueillons sont à l’égal de notre désir pour elles. Nous les trouvons belles, alors nous désirons toujours les percevoir. Le silence aussi est beau, il est dans l’immobilité de la fleur, et par-delà formes et couleurs, c’est sans doute ce que nous y voyons et qui nous ravit. La fleur est tel un souvenir de l’ailleurs : elle nous embaume de son parfum, elle nous parle silencieusement de sa douceur & laisse faire quant à son devenir. Nous voyons bien avec elle le rythme de la vie, mais la fleur ne se meurt pas, ne serait-ce que dans notre souvenir : c’est le perpétuel printemps de l’âme. C’est satchitananda : être-conscience-félicité. Elle ne meurt pas car il y a en elle une existence pérenne, une source intarissable de son amour, un reflet à nos yeux de ce qu’est notre propre éternelle floraison. En somme, il y a naissance, continuation, destruction mais ce n’est que l’apparence de ce qui n’a jamais existé, c’est-à-dire, ce qui a toujours existé. Il n’y a ni naissance, ni continuation, ni destruction : il n’existe que la fleur & son parfum.


L’univers est tel qu’il se décline en son immensité avec le brin d’herbe & la fourmi. L’essence est dans l’infiniment grand & l’infiniment petit. Mais, subtilement, elle est aussi invisible et par-delà ce qui existe. Nos émotions, nos sentiments, nos ressentis, nos pensées, sont invisibles. Ils existent pourtant, apparemment, comme reflet de l’immensité qui est notre vie. Pour le plus grand nombre, ils constituent même la vie, et dictent la manière dont nous la concevons. Imaginons un instant que ce qui change n’est pas réel : voilà que ce qui nous dirigeait s’évanouit. Que reste-t-il pour nous guider que la force qui soutient tout, subtile, invisible à l’œil et à la pensée ? Elle donne lieu au songe changeant de la création. Elle tolère même l’ignorance en son sein. C’est en réalité comme si, l’individu, qui ignore être le grand tout, était pourvu de sa vie pour retrouver cette nature propre. Il n’y a rien d’autre que cette quête d’absolu. Si nous voulons aller encore plus loin, même cette recherche est sans fondement propre et n’a jamais existé. Elle est l’enjeu de l’existence, elle est leela, elle est temporaire. Comme il n’existe ni enseignant, ni élève, ni enseignement, il ne demeure plus que ce que nous sommes en réalité. Tout ce qui est voué au changement ne peut atteindre ce substrat car il est ce que nous sommes : l’éternel.


Il y a un lieu qui est profondément beau ; c’est l’endroit où se trouve le silence amoureux. Nous le percevons sur la brise de printemps, le souffle de l’été, le repos de l’automne & la mort de l’hiver. Ne craignons pas le cycle de la vie, même s’il nous paraît difficile de devoir mourir pour renaître. Après l’orage vient l’éclaircie, après la mort vient la vie. Nous appartenons à ce lieu où tout est éphémère mais ce lieu est créé d’énergies matérielles ; quand les énergies spirituelles & subtiles sont éternelles. L’énergie de la vie est amour, et elle embrasse aussi bien le fond de la vague que sa crête. L’énergie de la vie est éternelle car elle demeure en son substrat pour toujours, quoi qu’il arrive de nos apparences, qui sont en réalité illusion puisqu’elles ne durent. Il y a donc une chose comme superposée, issue, créée du substrat et c’est le monde matériel ; pourtant, nous devrions nous rappeler à ce substrat qui est éternité ; il provient tout de lui et sa nature est d’aimer et de s’aimer par notre regard. Plus nous sommes conscients de notre existence en unité, plus nous aimons, plus nous sommes aimés. Il arrive cependant que certains se sentent seuls & désespérés ; laissons l’épreuve se dérouler selon son gré, c’est la vie qui nous le demande ; elle requiert également que cette peine se termine. Ainsi nous n’avons pas grand-chose à faire pour être heureux : nous regardons, observons, espérons, avec beaucoup de patience & bientôt nous sommes extrêmement récompensés de notre attente. Celui qui est voué à l’attente du bonheur le trouve au-dedans de lui-même. Ne plions donc pas devant les difficultés car nous sommes au-delà d’elles. Elles nous forgent au feu brûlant de la souffrance pour que ce qui nous est inutile soit consumé au bûcher de l’ivresse amoureuse, de l’extase divine, du sahaja samadhi.


Bientôt nous verrons combien nous avons toujours été heureux sans les circonstances. Il n’y a en vérité qu’un vide/plein, un silence primordial, où nous connaissons éternellement la félicité. Soumettons nous à l’état des choses tel qu’il est tant que nous n’avons pas trouvé que nous n’existions pas comme nous le pensions. Il n’y a rien à faire : abandon. Nous voyons semble-t-il tant d’événements se dérouler, tant de personnes agir, et le monde qui va selon son gré, ainsi que nos idées, nos concepts & nos réactions par rapport à eux. D’une part, la manière dont nous faisons ces expériences nous apporte la souffrance & la joie qui ne dure pas ; d’autre part, ces expériences, qui n’ont pas de consistance autre qu’en apparence, passent sans cesse. Nous éprouvons avec beaucoup de force que rien de tout cela n’est vrai. Alors c’est la fin de l’illusion, du personnage laissant l’acteur nu. Le seul fondement qui soutient la pièce de théâtre est comme un projecteur, comme une lumière qui met en évidence les choses mais qui ne s’en soucie guère. Il nous vient à l’esprit l’image d’un film projeté sur une toile de cinéma. La toile n’est pas affectée. Ainsi en va-t-il de notre essence la plus profonde.


Il y a comme un éclaircissement de nos vues lorsque nous envisageons la vie sous son aspect éphémère. Nous comprenons alors qu’il nous en faut transcender chaque instant, en nous demeurant par-delà l’évènement et l’émotion, ce qui change. Il n’y a une vérité seulement chez le sage qui transcende chaque chose, qui va au-delà. Si nous nous sentons esseulés et pleins de désarroi, de tristesse et de désespoir, sachons tout de même que cela devait se produire. C’est le discernement qui agit et le vieux monde qui meurt chez nous. Nous nous détachons avec la souffrance de ce qui ne nous était pas essentiel pour nous tourner alors vers ce qui importe. C’est ainsi que nous acquérons une certaine sagesse, en allant au plus profondément de ce que nous propose la vie. Ne soyons pas effrayés de ce que la vie nous propose. En observant nous découvrons que nous ne sommes pas le personnage que nous pensâmes être mais cependant l’acteur qui endosse les circonstances, qui apprend ses lignes et sa part. Certains sont tranquilles avec leur rôle, mais qu’y a-t-il sans doute à acquérir ? Seulement du fruit qui pourrit et qui n’a pas de saveur, qui laisse un arrière-goût détestable. C’est le samsara où duhkha n’est jamais loin, où elle imprègne tout ce que nous touchons. Il y a un échappatoire, une voie, un secours, un refuge dans la contemplation où la division n’est plus puisque ce qui nous fait sans doute souffrir est le désir qui nous sépare de l’objet désiré. En contemplant simplement la vie, nous apprenons à tout posséder sans nous y attacher & à laisser aller ce que nous ne savons pas posséder, seulement à nous connaître comme nous sommes. 


C’est par le biais de la Conscience que tout est conçu & c’est à la lumière de la Conscience que tout est perçu. La création est illusion, sans début, sans continuation, sans fin, et la perception est limitée par les cinq sens. Alors que pouvons-nous ? Nous qui sommes dotés de conscience avons le prestige de sentir, voir, pénétrer, au-delà des apparences ce qu’est la réalité de la création et de la perception. Il nous faut transcender ces deux choses, pour contempler ailleurs l’incréé. Quand nous disons ça, c’est plutôt l’incréé qui nous contemple : c’est un grand secret révélé à celui qui sait observer l’esprit, les émotions, le corps & bientôt ce témoin est lui-même considéré par autre chose qui est le Soi. Avec la soif d’absolu vient la pureté de cœur nécessaire à cette illumination de la conscience par la Conscience. Cependant comme le soleil rayonne sans discrimination, le Tout n’est pas avare de sa beauté, seulement, recouvert par le voile de l’esprit & de son ignorance, de l’égo & de sa soif de matérialité, cette dimension spirituelle n’est pas appréhendée.


Seulement, il n’y a que cette beauté à l’instant. L’instant vient d’ailleurs. Il est tout ce qui possède et tout ce qui est. L’instant procède de la dimension supérieure spirituelle, là où tout est fondé. C’est le secret, le sacré, le divin sans forme et sans nom. Sans forme et sans nom, nous retrouvons notre condition primordiale de Conscience en l’unicité. Nous éprouvons alors beaucoup d’amour pour la splendeur de la création, pour tout ce que les saisons ont à nous offrir, à tout ce que l’homme est capable de sublimer. Nous servons la vie, nous ne la dominons pas. Nous nous établissons dans la position de serviteur, de dévot, d’élève, avec toujours ce sublime instant qui perdure éternellement. Mais comme la rose est belle ! Elle nous ravit de son parfum, de ses vives couleurs ou de ses pastels. Reconnaissons que nous avons le don de la conscience qui se développe par le biais de la Conscience dans le seul but d’appréhender sa propre beauté. Mais si seulement l’homme pouvait concevoir la beauté à l’instant, il resterait bouche bée, il n’aurait plus que les larmes ou les rires. Cette beauté est parée d’épines pour certains : c’est qu’ils n’ont pas traversé le désert du samsara, ils sont subjugués par ses mirages et boivent aux eaux illusoires qui jamais n’étanchent la soif. Le sage connaît notre océan de nectar.


Parfois, nous pouvons nous perdre avec nos sentiments, parfois ils nous dominent ; considérons que dans la clarté de l’espace, ça n’a pas grande importance. Ces impressions y ont lieu. Ces ressentis y ont lieu et sont le jeu de l’esprit ; voyons comme celui-ci est un fantôme. L’univers se joue bien de lui. Le monde est tel qu’il est, nous sommes ce que nous sommes, essentiellement, mais qui saura le comprendre, et saurons-nous l’entendre ? Les pensées sont comme apiécées à l’essence, elles égarent de la conscience, en laquelle, il n’y a que la direction de la vie et celle-ci est à propos l’amour. Certains croient que la force de la vie est de faire des expériences, celles-ci sont le principe de la misère humaine. Il y a l’essence. L’expérience est comme un fantôme, comme une illusion, comme mirage. Nous ne trouverons dans le courant de ce mirage que des grains de sable dans le désert du samsara. Mais alors voyons cette unité, comme la vie est une, et l’expérience la divise, la morcelle, l’échancre. Elle est une, et c’est une fleur au parfum qui enivre, aux couleurs qui chatoient, qui se nourrit de la lumière du regard qui perçoit.


Il y a savoir et il y a connaissance. Avec le premier, vient l’intellect, avec le second, vient l’amour. Ils se reflètent mais ne se ressemblent pas. L’esprit est perdu pour toujours avec les concepts. L’amour devine en nous la beauté de l’ailleurs, en le monde, un espace d’infinie bonté qui est perçu intérieurement, même si lors, la distinction entre l’intérieur et l’extérieur n’est plus. Si nous parlons de l’intérieur, nous voyons que ses limites n’existent pas et imprègnent l’espace tout entier. Si nous parlons de l’extérieur, nous le connaissons par la pensée, les perceptions et les sensations, mais celles-ci sont secondaires car il n’y a que l’expérience qui en découle et qui est connaissance. Celle-ci est amour, connaissance intime de toute chose.

Le corps, quant à lui, appartient à l’espace indivis. Il n’est pas dissemblable au monde. Ainsi, eux deux se fondent en une seule chose. Il n’y a pas de division, elle naît de l’esprit. Il y a unité, elle est d’une même essence, commune en l’expérience d’une vie qui foisonne par le champ immémorial de la Conscience qui connaît chaque chose car elle en est la source. Tout est cette source d’où découlent le monde et l’individu, semblables en leur existence commune. Ce sentiment d’exister anime chaque chose, c’est le caractère irrévocable que la création partage.


Un désir brûlant pour la libération est nécessaire avant toute chose. C’est même la seule chose qui soit indiquée. Il consume l’univers entier sur son passage et nous-même. Bientôt même l’objet du désir, être libéré, est consumé. Il ne demeure plus rien d’autre que le feu ; ce feu fait que nous nous animons pour chercher, comme sans cesse éperonnés. Cette flamme qui brûle tout sur son chemin provient de quelque part. Ce qui nous pousse à chercher avec ardeur est souvent la souffrance. Ce qui cause cette peine c’est le monde de nos désirs et de nos aversions : le samsara. La douleur intense nous pousse à rejeter ce que nous connaissions jusqu’alors, à mettre un frein à nos désirs, à nous questionner à propos de l’origine de nos aversions ; et nous nous rendons compte qu’au départ de l’esprit, il y a l’ignorance. Délivrés de l’ignorance, nous voyons le samsara cesser, ainsi que chaque chose, nous-mêmes y compris disparaissons, soufflés par la bouche divine. Il n’y a plus rien qui n’eut jamais existé.


Il y a bien longtemps, mais au regard de l’éternité ce n’est rien, que la création est là. La création est soumise au changement, l’éternité non. Nous disons aussi pas de commencement, pas de continuation, pas de fin. Cela s’applique à la création. Le substrat d’éternité demeure pourtant. Plus nous prenons conscience que nous ne sommes pas le monde, plus l’éternel se révèle. Dans une pièce que nous observons avec une attention sans jugement, nous voyons les objets qui l’occupent mais l’espace dans lequel ils se trouvent n’a pas de définition. Comment percevoir cet espace qui permet aux choses d’exister : il n’est ni ici ni ailleurs, ni en haut ni en bas.

Maintenant, voyons en notre for intérieur, il y a les pensées et l’espace entre elles qui nous permet d’en prendre conscience. Il y a la conscience d’être en vie, mais ce n’est qu’une parcelle de la conscience alors comme il serait impossible de concevoir cette conscience dans toute son état infini, nous nous en remettons à de pâles images de ce que pourrait être notre vie alors que nous sommes l’infini même, par delà la petite vie intérieure. Toutes nos pensées ne viennent pas de Dieu mais bientôt oui. Soyons sûrs que la vie intérieure mène à la Conscience, si elle est observée et considérée comme ce qu’elle est, un pâle reflet de la Conscience Divine. Il y a aussi en notre for intérieur un espace dans lequel se jouent les pensées, les émotions, les sentiments. Cet espace est « contenu » semble-t-il mais l’espace est infini et donc d’une part il n’y a pas de limite à la provenance de vos pensées, nous serons de plus en plus souvent inspirés. Et d’autre part, l’état sans pensées où l’espace/Conscience prend toute son envergure en l’état que nous recherchons car il est le seul qui dure.


La vie est si belle lorsque nous nous taisons. Voici bien le secret du silence immortel car tout en devient, en requiert, s’en pourvoit. Silencieux, nous sortons de nos terres, nos tombeaux, nos sépultures, pour enfin acquérir la véritable vie. La mélodie silencieuse de nos vies s’écoule tranquillement dans l’éternité, se dissout, s’évanouit ; pourtant nous voyons bientôt combien nous durons de tout temps, chaque personne aussi importante que l’autre en sa capacité à faire vivre le monde par le biais de son regard. Si nous demeurons tranquilles, nous pourrions boire le vin de l’existence, nous enivrer de la vigne, saouls à la suave boisson de l’expérience infinie. Cette chanson d’amour qui nous revient à l’esprit est la preuve d’un souhait divin que nous soyons. Écoutons la note du troubadour, le mot de l’ange, la sentence amoureuse de qui nous guide sur la voie du bonheur de sa main sûre, nous relève toujours de nos effrois ; c’est le commandement.

Nous sommes sensibles à notre vérité. Bien souvent cependant nous nous trompons. C’est pourquoi il nous faut faire confiance à l’abandon & ne rien désirer pour nous-mêmes. Abandonnons aussitôt tous nos désirs factices pour mieux nous retrouver en l’essence. Si nous ne pouvons les abandonner, purifions-les plutôt en servant l’ordre divin des choses, en nous faisant serviteurs de chacun. Cela équivaut au silence & à la force qui nous pousse à agir car il y a cet espace silencieux où se déroulent nos désirs, la force qui nous pousse à agir. Nous ne connaissons pas cette force. Nous ne connaissons pas nos désirs. Ils sont cette force que nous ne connaissons pas. Il vaut donc mieux de s’en tenir au silence.


Dans l’ancien temps, le disciple sincère, qui ne désirait que la libération de la souffrance, allait voir le sage dans son ermitage. Il lui demandait : « Qui suis-je ? » et celui-ci lui disait : « Tu es Cela ». Tout était alors terminé pour lui. Aujourd’hui nous n’avons même plus à nous déplacer vers la forêt du sage. Tout est disponible en multitude. Mais soit le sage est faux, soit le disciple est encore pris dans les rets du monde. Sur nos 8 milliards d’être humains, combien souhaitent-ils vraiment trouver la vérité ? Peut-être une petite poignée. « Tu es Cela ». C’est tout ce qu’il suffit d’entendre. Mais pour certains la Quête nourrit l’égo et bientôt ils cherchent à s’acquérir par le savoir, la renommée, la liste des séminaires auxquels ils ont pris part, le nombre d’années passées à méditer. Mais où se trouve chez eux la marque de la paix et du bonheur ? Ils ne se sont toujours pas abandonnés à la décision de l’univers à les guider vers la toute Conscience. Combien nourrissent leur égo par les questions infinies. Il n’y a qu’une véritable question : « Qui suis-je ? » C’est l’unique car elle permet de mettre fin à tous les doutes en tranchant à la racine tous les maux possibles et imaginables. Seulement nous sommes encore trop attachés à nos souffrances. D’une part tout le monde souffre et cette souffrance n’est pas mesurable ni communicable, d’autre part en nous demandant qui nous sommes vraiment, nous nous permettons de trouver cet espace lumineux où tout est un, où la douleur primordiale de la division et du besoin à l’union, n’est plus.


Où y a-t-il la place pour la victoire sur la défaite ? Soyons victorieux en nous-mêmes par la grâce de l’abandon entier à la Vérité. Si nous ne nous livrons pas au Seigneur, à l’Existence, à Cela, en ne retenant rien de nous, alors tout est perdu. La Vérité est le chemin que nous sommes lorsqu’il n’y a plus rien & que plus rien n’existe. Les désirs sont le rempart, le marécage, la boue, le marasme & la fange qu’il nous faut franchir. Ainsi, laissons être ce qui vient à nous, et ne recherchons pas ce qui nous fuit. Ça ne veut pas dire de ne plus agir, mais de trouver l’équilibre entre l’action (ainsi que de ne pas s’attacher à ses fruits) & la non-action. Le chemin de la Vérité n’existe pas : il est ce qu’il est. Perçons ce mystère et nous serons des jīvanmukta, libérés vivants.

Dans le silence transparaît aussi cette Vérité, il en est le fondement. Comme ceci, nous voyons en nous qu’il y a une part immuable qui lui appartient. Cette Vérité n’est ni immobile ni en mouvement, ni dans la dualité ni dans l’unité, ni dans le grand ni dans le petit. Elle est tout et partout à la fois mais pourtant nous ne pouvons pas la définir. C’est encore un mystère que l’intellect ne peut saisir. En effet nous ne pouvons que l’éprouver dans le samadhi. 

Oh ! Samadhi ! Ultime état de l’âme libérée, vainc toujours les obstacles sur notre chemin, pourfend l’ennemi ainsi qu’Arjuna le fit au champ de bataille de Kurukshetra. Divin état ! Pourvois-nous la félicité à toujours. État du sage, répands-toi sur l’humanité entière, sur tous les êtres afin de leur apporter tout bonheur & toute joie.


À la lumière de notre intuition, nous pouvons concevoir combien la simplicité du cœur nous appelle ; ni la complication, ni la division mais l’unité. Notre vie fait sens avec peu de choses, or, nous sommes avec le monde des choses. Il semblerait que le monde soit très concret, que nous pouvons le voir, l’entendre, le toucher, le sentir et le goûter. Mais avant d’en faire la découverte, regardons l’outil, corps, par le biais duquel nous la faisons. Chaque chose possède une ombre, or, l’ombre du corps est la conscience qui prévient celui-ci. Semble-t-il, nous faisons expérience par le corps et les sens, mais n’y a-t-il pas quelque chose qui rend cela possible ? Il y a un champ unifié qui est l’unité de toutes les perceptions : la conscience. Cette même énergie de conscience parcourt le monde des objets. La conscience constitue le corps céleste et le notre. On pourrait dire que seule la conscience existe et qu’elle a pris forme pour le simple but de faire l’expérience d’elle-même : en prenant la forme de la vie. La vie s’unifie avec la conscience d’elle-même, dans l’acte de la prise de conscience d’elle-même. Tout est un. Chaque chose a la vie en commun. Chaque chose a en commun un même substrat qui la soutient éternellement, que cette chose soit perceptible, la vie, ou non, la mort. Si nous visitons la mort nous la considérons comme aussi éternelle que la vie, car, comme elle, elle contient en germe l’infini des possibles. Nous pourrions dire que tout a déjà été vécu dans la mort comme dans la vie, qu’absolument tout est déjà là, présent dans la conscience, comme phénomène de vie ou de mort. Nous pourrions ainsi dire que tout a déjà existé, ou encore si nous franchissons le pas au-delà : rien n’a jamais existé.


Le temps qui passe est une illusion. Nous nous remémorons le passé et nous nous projetons dans le futur mais nous le faisons à l’instant présent. En réalité, le temps n’est pas une ligne sur laquelle nous nous situons. Il s’agit en fait d’un cercle sans épicentre ni circonférence, c’est-à-dire un espace infini et éternel, non pas qui dure toujours mais plutôt qui n’a ni début ni fin ; le temps et l’espace sont des vibrations  desquelles surgit la matière en vie. Nous sommes habitués à la matière en vie, même si nous ne la comprenons pas, nous vivons avec elle ; c’est déjà un miracle qu’elle existe. Le véritable mystère est la conscience qui anime le monde. La vie matérielle est un souffle qui va-et-vient ; quant à la conscience elle lui demeure. Sans doute la méditation a-t-elle percé le mystère de la matière en sachant que non seulement la conscience a besoin de la matière pour se manifester mais qu’en plus elle n’en est pas différente. C’est la voie de la sagesse que d’apprendre ainsi même à mieux nous connaître. La méditation et la connaissance ne sont pas différents. Méditons jusqu’à ce que la méditation ne soit plus un acte, jusqu’à ce qu’il ne demeure plus rien de nous que la conscience : notre véritable nature.


Nous voyons combien le temps est immuable ; nous nous projetons dans sa douceur ; sa conception nous est très utile, et lorsque nous avons fini de le concevoir, nous pouvons nous reposer en lui, en son éternelle bonté qui est la vie qui dure toujours. Sans doute le temps, et la création qui lui est conjointe, ont-ils une respiration, comme nous, mais ils ne comptent pas leurs jours. La création est indifférente au temps. Seul le mental de l’homme lui pourvoit la tristesse de passer. Par-delà l’idée de la mort, concept parmi tant d’autres qui nous sont dévolus, il y a l’éternité. Par-delà le mental, il n’y a pas de fin, ni d’ailleurs, de début. Tout est pérenne dans le sublime état de la Conscience ultime. 

D’ailleurs, la note est éternelle ; le Do, le Ré, le Mi, ne font que nous procurer l’infinie mélodie de l’existence. Les variations que nous accorde la note n’ont pas de fin ; avec ce substrat, nous trouvons toutes les musiques de la terre ; elles nous transmettent ainsi leurs émotions, leurs sentiments, leurs beautés. Il en va de même avec la vie, fondée des cinq éléments, eau, feu, air, terre, éther, qui nous révèle son foisonnement d’éternité. C’est leur magie. Comme les airs, la création est changeante, et comme les airs, la création s’est donnée les outils de ce changement qui fait tout son éblouissant rayonnement. Comme le musicien et la note, la conscience possède les qualités de ses variations infinies.


Il y aurait tant de douceur à se laisser aller à la conscience, notre vraie nature, seulement l’esprit va à son encontre. La vie veut vivre ; l’activité nous entreprend et ne nous laisse pas. Faisons en sorte d’être détachés d’elle, comme si elle ne nous appartenait pas ni son fruit. Abandonnons-nous, même lorsque nous agissons, à la Conscience Suprême, autrement, nous vivons dans la projection et la misère. Nous ne pouvons pas intimer à la vie de nous donner ce que nous désirons d’elle, tout au plus pouvons-nous nous laisser porter par elle. Laissons venir ce qui vient et partir ce qui doit partir. La mort, en effet, tombe comme un couperet, et semble-t-il, met fin à nos espoirs. Perçons le secret de la mort et nous vivons éternellement : cette vie est comme le cortège de vagues sur un océan. La vague semble avoir une vie propre, autonome par son mouvement d’avènement et de chute, mais en réalité, elle n’est pas différente de l’océan qui la conçoit. Nous sommes cette goutte d’eau qui est l’océan par sa nature propre. Seules les formes diffèrent, l’essence, quant à elle, demeure identique. Ainsi, avant naissance, après mort, il demeure de chaque chose une essence similaire à celle qui nous pourvoit, en apparence, notre sentiment d’identité. A l’origine de celle-ci, il  y a la même fondation pour l’univers et les êtres et les choses. C’est la succession infinie même. 

Plutôt que de ne goûter que la goutte de miel qui tombe parfois sur nos lèvres, dans ce néant désespéré et illusoire qu’est la vie de l’esprit, attelons-nous à chercher la ruche où se trouve quantité de rayons à foison, où les abeilles s’astreignent à en pourvoir infiniment. 

Nectar divin ! Humecte nos lèvres desséchées au désert de l’existence, laisse-nous goûter à ta délicate saveur pour toujours, confectionne-nous le souci de connaître l’essence de ton arôme.


Il y a parfois tant de douceur ou tant de douleur : toutes les deux sont éphémères. Elles sont conçues par, vécues par, proviennent par, la Conscience suprême elle-même. Nos sentiments, nos perceptions, nos émotions, ne durent pas dans le temps. A chaque seconde nous nous mouvons en la possibilité de l’existence. Mais concevons plutôt ce par quoi cette existence est possible. C’est l’espace serein et lumineux qui nous prévient. Chaque éphémérité provient de lui. 

Que le film projeté sur un écran nous parle de douceur ou de douleur, l’écran demeure stable, inchangé, pur et blanc comme poussière sur un sol d’été. C’est toute la puissance de la Conscience suprême d’animer l’univers entier, de lui procurer sa substance et de faire naître nom et forme. Ce pur diamant demeure en nous-même ; il est d’une telle beauté qu’il nous ravit. Prêtons attention à ce « Je Suis » et voyons combien il est éclatant.

Ô toute-puissance divine ! Accueille-nous pour l’éternité des éternités en ton sein si tendre et si aimant. Prends-soin de nous comme nous t’aimons. Aime-nous comme nous prenons-soin de toi. Mais que faire quand tu procures même le désert et ses innombrables grains de sables, quand tu soutiens la plus petite des fourmis, quand tu animes le moindre brin d’herbe ? Voyons un peu ton merveilleux foisonnement ! Apercevons tout ce que tu nous offres : sans toi il ne demeure absolument plus aucune particule de vie, et tu dures dans le temps absolu. Que le sage perce toujours ta cible d’un regard animé du désir de te trouver.

Le désir de te trouver est le début de la conquête. Sans lui rien n’est possible. Mais il n’y a rien d’autre à déceler que nous-mêmes ! Ce désir s’évanouit à la « découverte » de notre essence alors que nous y demeurons sereins et équanimes.


Comment ne pas croire en la vérité d’un ailleurs ? C’est l’action, le temps et l’histoire qui nous en empêchent ; ceux dont nous croyons qu’ils nous appartiennent quand nous n’en sommes que les objets. L’action, le temps, l’histoire naissent de l’esprit ; cependant, qui aurait déjà perçu l’esprit ? Il est intangible autrement que la vérité qui, elle, nous continue. La vérité c’est le pur sentiment de l’existence. Au contraire, tout ce qu’a créé le mental est illusion, que ce soit notre histoire ou celle de la civilisation. Le sang qui nous consume, la chair qui nous entrave, font toute la différence, et pourtant toute la similitude, entre les êtres. Ce qui anime les êtres est l’envie du meurtre, le désir d’acquisition, la volonté de révolte. Si nous devons nous révolter, révoltons-nous contre l’horreur de l’existence. Sombrons-nous comme dans un abîme miraculeux qui nous sauve. Le Paradis est un abîme, tout comme l’Enfer. Le Paradis c’est la transcendance, l’Enfer c’est l’esprit. Il suffit d’un instant pour succomber à l’un comme à l’autre. 

Appelons à une force plus grande et plus belle que nous afin de nous délivrer du mental et de ses insinuations. Prenons en main notre destinée en l’abandonnant. Discernons l’action juste, le pur renoncement, le sûr détachement. Entravons la marche du mental : de l’action, du temps, de l’histoire personnelle. L’identité qui nous les conçoit n’est qu’une construction et petite. Si petite qu’elle nous répugne et nous cantonne. La personne est la construction du mental, avec sa mémoire qui ne tient qu’à quelques pensées et son devenir qui ne tient qu’à quelques projections. Ce qui nous sauve est l’intensité, la beauté et la bonté, de vivre à l’instant à chaque instant et qui nous rappelle notre conception divine, lumineuse, éternelle. Il nous contient, nous conçoit et nous considère. Le pur cristal est à l’intérieur, toujours. 


Le sentiment de devenir nous entretient sur la voie de l’oubli. L’esprit conçoit un futur où nous nous oublions. Le sentiment d’avoir vécu autrefois nous appelle sur la voie du mensonge. L’esprit perçoit un passé où nous nous réfugions. Afin d’échapper à ces deux pôles qui nous pourvoient dans l’erreur, sachons prêter une attention particulière à ce que nous faisons en ce moment. 

Savourons l’instant et profitons de notre souffle qui demeure un lien privilégié avec lui. Le souffle est la présence du corps comme le silence est le principe de toute notre existence. C’est de ce souffle, c’est de ce silence, que naissent la présence à nous-même. La tendance du mental est de contredire cela : il nous perd avec ses insinuations et ses élucubrations. Bientôt, avec lui, nous ne vivons plus que dans l’oubli de notre véritable nature. Avec lui, nous nous roulons dans la poussière, nous nous salissons avec la douleur de l’être. Éperdument, nous appelons un sauveur pour nous délivrer de nos souffrances. Certes, il est possible de s’en remettre au divin : c’est l’abandon de soi. Souvent cependant, il nous revient de faire le premier pas vers notre délivrance, en nous rappelant incessamment que nous vivons pour exister et que les couleurs de la vie se résument et se mêlent en l’infini de l’essence. Il y a ce fond éternel où nous sommes et qui précède, donne lieu, donne vie aux sentiments, émotions, perceptions, que nous éprouvons. Ceux-ci sont en réalité comme des ombres au soleil de l’esprit. C’est-à-dire que l’esprit est vain de vouloir se soutenir, mais sans l’illusion du temps, il ne peut demeurer. Dans la profondeur de l’instant, le mental n’a pas lieu d’être. Il reste la toile de fond à l’existence qui sous-tend et alimente l’univers entier. L’unique but de notre existence est de transcender l’esprit afin de connaître notre véritable nature.


Par-delà la lumière de l’éternel, il y a encore l’amour. Il y a sans cesse ce courant intérieur de l’amour et il dure infiniment ; il n’a de cesse d’aller plus loin dans sa profondeur. Nous allons à son encontre avec le silence. Il n’y a pas d’autre choix, il n’y a pas d’autre découverte. 

Rien ne nous est ajouté : ce fond nous est toujours présent sinon dissimulé par la force du mental. Ce mental ne connaît que la douleur et le mépris de l’existence. Comme il est parfois difficile d’observer la fleur sans la nommer ; de quérir sa beauté sans la cueillir ; de nous pourvoir son parfum, sa saveur infuse. Il nous faudrait pour cela transcender l’esprit qui se saisit des choses pour qu’elles lui appartiennent. L’esprit est possesseur : s’il vit, il meurt, et avec lui chaque chose.

Il en va ainsi des désirs. Si nous nous leur livrons, c’est qu’ils nous apportent un instant, en leur assouvissement, un reflet de ce qui pourrait être si jamais nous ne désirions, si nous laissions notre vie s’écouler vers sa source ; celle-ci ne désire que de se contempler par nous-même comme nous désirons désormais nous contempler en elle, puisqu’elle nous fournit avec son incidence. Voilà le secret de la paix qui ne passe pas.


Il y a la paix qui ne passe pas, qui est notre siège, notre socle & notre demeure. Avec elle, nous trouvons enfin le repos autrement qu’avec les remous de l’esprit. Ceux-ci nous causent de la souffrance puisqu’ils sont toujours changeants, ils nous entraînent toujours plus loin vers la traverse et la profondeur de la vanité. 

Saisissons la vérité lorsqu’elle se présente devant nous car c’est peut-être notre unique chance de la trouver. Ne remettons pas à demain, via la volonté de devenir, la beauté du moment qui nous appelle de toutes ses forces. Il n’y a rien d’autre que de s’en laisser aller et avec sa pureté il nous mènera par-delà. Il n’y a plus rien à dire ; c’est l’intimité du silence. 

Si nous avons encore besoin des mots pour nous en mener, c’est qu’un doigt est nécessaire pour désigner notre lune. Mais les mots ne sont que l’intermédiaire vers la vérité. S’ils nous plaisent, si nous nous attachons au guru ou aux livres sacrés, pourtant ils ne nous suivent pas dans l’extase. Là, nous sommes absolument seuls, portant avec notre coeur, l’incommensurable immensité du Créateur et la possibilité, enfin, d’être tels que nous sommes. Nous avons alors acquis notre dû, notre puissance, notre vie.


L’esprit ne peut pas concevoir le fond de l’existence comme il ne le peut son absence car il en lui appartient. Le mental en demeure profondément aveugle. Remontons donc à sa source si nous voulons percevoir quoi que ce soit. 

Pour ce faire, libérons-nous des concepts, de temps (passé & devenir), de futur (ici & là), et de l’esprit, et du corps. Cet amas de chair & ses désirs ne nous révélera jamais rien. Laissons-le vivre sa vie du mieux qu’il le peut, autant qu’il le peut, mais soyons-en détachés. Le corps demeure important tant que nous voyons qu’il nous convoie les merveilles de la vie, du leela des dieux, mais c’est par-delà les sens qui nous procurent ces bénéfices, que nous trouvons la pure vérité. 

Le corps en soi n’est qu’outil mais ne nous domine-t-il pas en réalité ? Pourquoi nous aliéner à ce qui n’est pas nécessaire. Subvenons à ses besoins primaires dans la simplicité et la bienveillance envers lui, mais ne laissons pas un mental le diriger vers ce qui nous blesse, car il est peut-être ce qui nous lie le plus intimement au sentiment de la personnalité.

Or, nous savons désormais que la personnalité est une construction éphémère, quelques souvenirs, quelques espoirs, qui tiennent à un fil qui est le corps. La personne est l’erreur et l’horreur. Quant à la vie, elle est un foyer de merveilles pour celui qui sait percevoir dans l’immobilité du Soi. Il les soutient toutes. Bientôt, nous saurons combien l’appel de l’ailleurs est intransigeant. Nous lui devons notre manifestation, notre demeure et notre raison d’exister. Nous lui devons tout. Sans lui nous ne sommes rien.


Nous le savons au fond de nous-mêmes, combien l’univers est aimant. Parfois, il nous apparaît hostile et c’est vraiment la douleur de la vie : nous sommes perdus, complètement égarés, en somme, nous ne savons plus où nous en sommes ; nous semblons trop souffrir pour supporter ce qui nous est offert. Pourtant, il demeure toujours une de nos parts qui veut voir par-delà la souffrance. Elle est parfois comme étouffée par  tant de douleurs, tout est noir et obscur à nos yeux : c’est que nous sommes égarés d’amour que nous requérons pour toujours. C’est la perception de nos tourments qui environne notre esprit. Ils ne le laissent plus s’élever et prendre son envol. Il nous faut dès lors traverser les forêts obscures de nos prisons.

Plus rien ne nous illumine, ne nous éclaire, ne nous donne de la joie. La mélancolie nous empreint alors et devient une seconde peau à notre corps. Nous sombrons dans les sombres eaux du désespoir. Au loin, plus une seule demeure où reposer nos âmes car nous sommes bien trop épuisés pour avancer au moindre pas. Tout nous fatigue, tout nous épuise. Pourtant nous connaissons bien qu’il existe un espace demeurant : sans quoi nous ne saurions même pas le désespoir ni la mélancolie de l’être. 

Celui-ci est pure conscience qui illumine nos cœurs avec des rayons d’amour. Nous sommes alors étreints d’une telle pureté que nous soupirons dans le bonheur d’exister. Nous bénissons le brin d’herbe, le verre d’eau et la fourmi. La joie nous remplit de ses douceurs sublimes, de ses moindres élans de beauté, de ses lumières du vivant. Nous renaissons dès lors avec la joie de nous retrouver. Il a dû se passer quelque chose d’extraordinaire qui nous suggère un tel changement. Nous avons retrouvé l’amour, et avec lui, toute la profondeur qui nous appelle toujours plus lointain vers la prairie sacrée de nos lueurs d’espoir.

Nous avons le bonheur, semble-t-il, pour toujours, du renouveau, jusqu’à la fin qui n’a pas de terme. Celle-ci semble dernière mais elle n’est que le commencement de ce qui toujours fut, toujours fut. Nous avons l’habitude de souffrir : il nous faut quelque chose pour nous en sortir. Ce seul être à la vie est l’amour qui nous emporte avec lui dans la direction de nos allers. Nous allons dans le sens de l’existence et il n’y a que le mental à traverser, à subsumer, à transcender. Ainsi, sans lui. Sans ce terrible fardeau d’avoir la chair et les pensées, nous sommes des êtres libérés.

Cependant, nous le sommes toujours car tout cet étau douloureux de nos souffrances les plus intenses est une illusion. Elles furent comme l’ordure sur laquelle souffle une brise printanière. C’est le printemps de l’âme éternellement : lumineusement éclairé au flambeau de la victoire, par nos fonds illuminé avec la tendre vision de l’espoir. Espérons sans fin en la victorieuse vie de la Créature, de la Création, par le Créateur. 

Créature ! Espère profondément en l’ailleurs qui nous parle avec soupirs aimants dans le silence de notre quiétude. Force, puissance & lueurs nous emmènent avec elles parmi les rivières de la vie, vers l’océan infini. Avec des lumières, nous allons nous jeter au fond de l’océan, comme nous sommes de l’eau.

Création ! Tu es belle à en mourir, seulement tu nous procures le bonheur si beau de tes multitudes. Tu nous éclaires avec l’orbe et l’étoile, et tu nous guides avec celle, polaire, de ta merveilleuse Lumière. Aux reflets de la lune, nous traversons toute nuit. Nous traversons les obscurités de nos ombres vers la lumineuse Vérité !


Parfois, nous croyons voir des beautés mais ce n’est que l’eau en mirage du samsara, qui est le désert de nos esprits où nous perdre. Nous confondons les attraits de la chair avec l’amour, le lendemain avec le devenir, et nos souvenirs avec ce qui fait notre essence. 

Comme nous le savons bien, les maladies de l’esprit sont colère, avarice et luxure. Pour en être enfin dépris, veuillons nous dresser, levons les poings au ciel et exclamons-nous : « Libre ! Je suis libre ! » Avec cet instant nous acquérons le soin que nous nous portons pour toujours. Nombreux sont ceux qui disent leurs souffrances, mais il est bien rare d’entendre quelqu’un écrier sa liberté des maux de l’esprit. C’est ce que nous voulons & recherchons. Bientôt nous serons tentés par les attraits du devenir. Sachons pourtant demeurer fermement dans l’immensité de l’âme qui est une. Voyons quel bonheur il y a à se fondre dans l’amour véritable qui n’a rien de superficiel. 

Bientôt la bien-aimée viendra nous chercher et nous étreindre avec toute sa tendresse. Nous ne désirerons plus rien d’autre que sa compagnie éternelle. Cette bien-aimée est très secrète et très pure : elle demeure dissimulée dans le fond du cœur. Elle aime l’amour pur que nous lui façonnons ; sa seule fête est que nous la reconnaissions à sa juste valeur. Elle souhaite avant tout prendre soin de nous mais pour ça, il nous faut la percevoir à sa juste hauteur. Elle est le pur & incomparable diamant de l’existence. Elle est par-delà toute attachement que nous pourrions accorder à un objet de nos sens. Elle nous parle avec son immensité. Elle nous requiert de tout lui offrir afin de ne plus faire qu’un avec elle. Elle nous demande de lui donner tout ce qui constitue le fond de notre bonheur, et elle saura s’en occuper au mieux. Elle nous délivrera de nos maux, de notre grande solitude dans l’enfer de la société qui ne prend pas soin de nous, pour elle, veiller sur notre vie à chaque instant. Elle est là, à nous attendre, avec les bras ouverts, dans l’instant qui nous quémande. Elle sait nous évoquer des merveilles dans le silence, dans l’infini de notre conscience. Elle nous parle secrètement, à la face intime de notre être, de toutes ses douceurs, de tous ses nectars, de notre essence même.


L’état dans lequel nous nous trouvons le plus souvent est de perdition, d’oubli et d’extrême solitude. Nous ne savons pas qu’il existe un espace de toute liberté. Celui-ci est souvent dissimulé par l’esprit. Cet enseignement, qui en vérité n’en est pas un puisqu’il demeure en silence par-delà les mots, et l’enseignant, et l’élève, a pour visée de nous apprendre à aimer et à nous aimer. 

Nous ne pouvons pas aimer la personnalité qui est fausseté, déchéance et méchanceté : elle est la construction mentale qui nous assaille avec ses doutes, ses douleurs et ses souffrances. 

Après l’éveil, nous savons qu’il demeure un fond sensible qui parle de la multiplicité des êtres, c’est l’individualité apparente qui nous reste, cependant, après, nous voyons que tout participe de nous, et que nous participons de tout. Alors, il peut nous avoir quelque action, quelque goût, quelque préférence, mais dans le fond des choses ce n’est rien du tout et il ne reste rien du tout au fond de l’être pour se les acquérir. Ils sont tels la roue qui continue de tourner encore un temps après avoir été mise en action. 

Le sage n’agit plus, il est la perfection de ce qui demeure, de ce qui lui demeure,  en apparence seulement.

Sans l’esprit nous sommes en paix. Le sage est, semble-t-il mort à la vie mais il en extrait à chaque instant l’ultime substance, le bonheur. C’est lui qui existe véritablement et pas nous. Pour nous, il nous faut mourir avant de mourir. Ainsi, ne repoussons plus l’instant de la vérité, ne regardons pas où nous sommes, ni qui nous sommes, ni nos concepts d’emprisonnement et de libération, mais demeurons simplement silencieux, dans la quiétude de la toute existence.


La paix est l’ultime demeure au-delà du monde : elle est toute beauté et resplendissante à nos yeux. Le monde et la paix sont différents. Certains trouvent encore leur goût dans ce samsara, c’est qu’ils n’ont point encore assez souffert pour rechercher autre chose que son éphémérité. Les mots du sage sont le baume qui soigne toutes ces douleurs. Avec lui, nous comprenons que nous sommes la pure essence de l’amour.

Pour celui qui n’a jamais été pris dans des bras aimants, qui ne connaît que l’accomplissement dans le devenir, le sage est un fou. Mais si le sage est un fou, alors l’amour est une folie, et que recherchons-nous sans cesse au plus profond de notre cœur que cet amour ?

L’homme du monde pense trouver la fin de sa soif inaltérée dans l’assouvissement des désirs, mais ceux-ci se succèdent et nous laissent dépourvus de tout. Pensons à notre dernier jour, voulons-nous nous rappeler alors une vie superficielle ou une vie pleine de sens ? Sans doute vaudrait-il mieux alors vivre chacun de nos instants comme si c’était le dernier, et y trouver la pureté de la mort qui dénude tout, qui outrepasse l’esprit en son mystère, qui attise la flamme de la présence car c’est l’instant ultime qui nous dépouille de tout ce dont nous n’avons pas besoin.

Espaces de lumière où nous retrouver, l’amour et la mort, sont les deux pôles qui se rejoignent chez le sage. Il faut avoir fait l’expérience de l’un pour connaître l’autre. La mort nous appelle, et l’amour nous requiert. Ce sont les deux grandes attractions inévitables de la vie. C’est l’impermanence d’une part, puisque même le soleil disparaîtra, et la souveraineté d’autre part, puisque l’amour durera toujours. L’amour vainc la mort, même si une même profondeur les rejoint.


Toute paix provient de l’amour. Nous sommes l’amour qui se fond dans l’amour, infiniment car celui-ci n’a pas de fin. Nous voyons comme il nous arrive de le ressentir lorsqu’il n’a pas d’objet, lorsque le « petit je » laisse la place au « grand Je ».

En effet qu’y a-t-il qui perçoive lorsque le « petit je » constitué des perceptions du corps, du mental et des émotions n’intervient plus. Nous nous rendons compte que nous sommes simplement des reflets de la conscience suprême, le « grand Je ». C’est par son biais que nous vivons et percevons chaque chose. Nous sommes des extensions de cette conscience suprême par lesquelles elle se considère. De même que nous la considérons, elle-même a conscience de nous et observe en toute équanimité, cependant ce n’est pas par sa volition mais par sa nature omnisciente, omniprésente et équanime. Notre point commun, l’union entre le morceau et le tout se fait par l’ordre de la conscience. Cette conscience offerte à nous est une grâce, sans quoi nous n’existerions pas.

Nous voyons combien nous dépendons de la conscience suprême. Nous pouvons être témoins de nos actions, pensées, émotions et c’est par le biais de la conscience. Mais n’y a-t-il pas autre choses à franchir ? En effet lorsque nous ne percevons même plus les actions, pensées, émotions, c’est que nous sommes unis intimement au Soi. C’est le samadhi où seul le Soi demeure et où la personne n’a plus lieu d’être. C’est le plus haut des états.


Le discernement est une fonction de l’esprit qui nous rappelle que nous savons essentiellement ce qui est bon pour nous. Le pur discernement est d’abandonner tous nos désirs, car il mènent tous après un temps à tant de souffrance. Cependant nous ne nous retrouvons pas délaissés, tristes, et seuls sans eux car nous découvrons alors la cause des désirs qui est celle de vouloir être heureux et en même temps, nous découvrons la source du bonheur qui nous libère de rechercher les plaisirs ailleurs qu’en elle-même. Cette source est notre fondement ; nous pouvons dès lors dire nous sommes cette conscience suprême ou « Je suis Dieu ». Elle nous constitue, nous sommes ses reflets qui la considèrent et il est possible de s’unir à cette conscience afin que plus rien ne demeure de nous. C’est la suprême sagesse.


A l’illumination de notre mental le monde apparaît. Si notre mental garde une part impure, alors nous créons un monde impur. Si notre mental est de toute pureté alors nous créons ce monde pur comme blanc lys. C’est-à-dire si nous prenons soin de nos émotions, si nous évitons les écueils de la colère, de l’avarice et la luxure. Nous pouvons prendre soin du mental jusqu’à un certain point, faire en sorte qu’il soit notre ami et alors il nous le rendra bien.

Mais ce qui le caractérise le plus souvent est le désir de l’acquisition, la peur de ne pas accomplir suffisamment de choses, de n’être pas être assez reconnus dans nos domaines de prédilection. C’est en fait l’égo qui juge, compare, réduit à néant certains espoirs. 

  Le mental se révolte car il n’a plus d’utilité propre. Avec ardeur il nous assaille de doutes, il médit l’enseignement. Tenons bon alors, voyons combien toutes ces suggestions sont fausses. Observons-les simplement sans y réagir et elles finiront par se dissoudre par elle-mêmes.

Dès lors nous avons trouvé la paix en nous-même, le Soi nous procure sa paix, ce qui est merveilleux. 


Toute la beauté est l’enchantement, ailleurs. Dans le monde, ici-même, est le malheur. Mais notre autre part ne se trouve pas à une quelconque distance : elle est plus proche qu’ici-même. Elle traverse la surface de nos perceptions.

Nous trouvons en l’espace qui entoure les sensations et à l’intérieur d’elles-mêmes, notre intériorité. Si nous souhaitons les désirs qui nous projettent hors de nous, nous les trouvons. Si nous souhaitons les transcender alors oublions-les un peu, observons. Mais pour ce qu’il en est, il n’y a pas d’obstacle à nous franchir, pas de cloison à nous détourner. Dès lors que nous avons la paix, nous n’avons plus la polarité, « le désir et le non-désir ». Nous nous trouvons dans un lieu où rien ne se décompte, où tout est un sans second.


Nous entendons la voix du Suprême nous dicter des mots d’amour ; c’est qu’il nous aime et nous incite à nous aussi, à l’aimer. Imaginons la patience due au Céleste qui attend notre retour à la source. Cependant les Cieux savent auparavant, qui et quand, reviendra vers eux ; et, l’instant étant dans l’éternité, c’est comme s’il ne Lui fallait plus attendre. Omniscient, omnipotent, bienveillant, l’ailleurs, l’ici et maintenant, ne souhaite que notre bonheur. Il est joie par essence. Il est le nectar que nous buvons aux lèvres de la bien-aimée. Il est la chaste pureté du baiser de la bien-aimée. A notre encontre, il est aimant et doux. Vraiment, nous ne pouvons imaginer combien la félicité est grande. 

Qu’y a-t-il donc dans l’extase du sage ? Il est un ; avec Brahman. En lui, pas de division. Son souhait est tout intérieur, mais le sacré se répand tout autour de lui, touche tout l’univers entier. Son existence bénit l’existence. Il vibre en son for intérieur au rythme de la création, et lui-même donne le pas de la vie. Il est un exemple pour chacun. Il est allé très loin sur le chemin de la sainteté.

Ô, je ne requiers qu’un baiser de la bouche bien-aimée.

Ô, je ne requiers qu’une goutte du vin qui enivre aux douceurs.

Ô, ainsi soit-il !


Parfois, nous sommes comme retenus de l’ailleurs par le sentiment que nous n’en sommes pas dignes. Cependant, nous savons que rien n’empêche la pureté. Même si nous avions commis les pires méfaits il serait tant de faire demi-tour aux yeux de Dieu sinon des hommes. Avec notre Père, nous pouvons toujours revenir, lui être cher et manger le « veau gras » ainsi que le fils prodigue. En réalité, personne n’est digne de connaître cette Essence sinon par la grâce et la mansuétude du Soi : c’est un bien bien trop secret, une origine par trop divine pour les simples créatures que nous sommes. Nous avons alors le choix, soit devenir le plus grand des saints, soit nous rouler dans la poussière comme dans une demeure en voulant être le plus petit des êtres, le plus insignifiant, le plus abandonné à la volonté de l’Existence.


Nous voulons surtout la paix puisqu’elle est douce à notre égard. Mais nous sommes sans cesse tiraillés par l’esprit. Est-il possible de vivre sans lui et dans la paix ? Oui car l’esprit n’a jamais existé, il est illusoire, comme le corps et le monde. Quoi qu’il arrive, rien ne se passe ; c’est un grand secret. Ce savoir est pour le yogi et le sage mais pas pour l’homme du monde, l’incroyant. Et pourtant, nous sommes uns en la multiplicité qui est notre gage et nous unit. 

Voici bien cette paix qui se présente à nous lors de l’éclaircie. Cependant le ciel est toujours dénué de nuages et le soleil rayonne à chaque fois. Même pendant notre nuit, le soleil éclaire quelque part dans l’ailleurs. Tout nos problèmes sont défaits à l’éclat du Soi qui illumine de sa propre lumière : rien ne l’éclaire mais lui, tout. Il se connaît depuis chaque moment, et nous le sommes à chaque instant. Seule la poussière de l’ignorance nous le voile. Souvent nous percevons les choses au travers d’une brume, une fumée, qui nous les dissimulent.


C’est satchidananda : Being-Consciousness-Bliss ou Essence-Conscience-Félicité.

Sans l’expérience, le mental et les désirs nous trouvons l’essentiel : Ananda.

En vérité il n’y a rien d’autre que cela et non seulement on les trouve par-delà expérience, mental, désirs, mais aussi comme si satchidananda les imprégnait.

Satchidananda est l’essence des expériences, du mental et des désirs. Ceux-ci en surgissent, lorsque nous avons procédés en nous à une grande purification des samskaras. Chaque expérience, lorsque purifiée, devient le lieu de la Conscience (la pure sagesse elle même) et de la félicité. Le mental peut devenir notre ami et nous pouvons le transcender pour qu’il nous mène lui aussi à satchidananda. Tous les désirs lorsque nous sommes rompus à y être comme aveugles nous accordent la félicité, par le biais de ce qui se trouve au-delà d’eux, au bonheur infini qui est leur source.

Au-delà de l’expérience, il n’y a plus rien que la Vérité.

Au-delà du mental, il n’y a plus que la Conscience.

Au-delà des désirs, il n’y a plus que la félicité.


Bientôt, c’est le souvenir qui nous appelle. Les pensées lui donnent force et une certaine consistance. Nous revivons nos émotions, infondées, qu’elles participent de notre souffrance ou de notre joie et dorénavant elles s’amalgament en nous, nous obligeant à revivre ce qui n’est plus tandis que la fraîcheur de l’instant présent nous tend les bras. La félicité de l’instant présent n’est pas de l’ordre au souvenir des moments de joie passée. Elle est insondable et contient le bonheur aussi bien du révolu que des temps à venir. Si nous ne sommes pas heureux maintenant, comment pouvons-nous espérer l’avoir été, ou le devenir ? Nous ne sommes pas le souvenir, ni le devenir, nous sommes Cela qui ne périt pas.

Nous admettons cependant la force de la tristesse et de la mélancolie. Comment expliquer leur beauté ? Elles apportent une certaine profondeur que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Il y a là la beauté d’un ailleurs, d’un autre temps qui a laissé place à l’exil. L’homme est comme perdu sur cette terre de la joie qui lui fut s’il y avait un degré de séparation avec l’essence de la vie. S’il y a de la tristesse, de la mélancolie, c’est qu’il y a dû avoir un grand départ vers l’autre part. Nous sommes, semble-t-il, ici pour faire l’expérience de cet exil. La tristesse est aussi le chemin où nous nous menons pour retrouver notre maisonnée. Une fois arrivés, la grande joie des retrouvailles est là, mais nous gardons profondément inscrit en nous le dessein qui nous y a mené, nous gardons aussi à l’esprit tous ceux qui y ont cheminé, qui cheminent encore ou qui s’égarent : suave mélancolie du sentier.


Nous voyons quelque part ce qui est : cela n’a pas de lieu. C’est partout comme ailleurs. C’est tout ce qui existe, en nous, comme à notre prétendu extérieur. Or, le monde n’a pas lieu, il est un peu comme la bulle à la surface de l’eau, ou comme le nuage en l’infini du ciel, ou comme l’image sur le film. Pour notre plus grand malheur, le mental s’identifie à son éphémérité. Nous croyons ainsi naître et mourir avec lui. Nous croyons en la durée d’une existence, et en la qualité que lui acquièrent nos pensées. Le monde c’est nos pensées, rien de plus, ce n’est rien d’autre que notre création manifestée soit pour le plaisir, soit pour la souffrance. Si nous le pouvons, ne nous attachons donc pas à ce qui n’a pas de substance, comme les plaisirs et les souffrances. Il y a un autre endroit, en leur par-delà, où se trouve l’essence de la vie. Nous pourrions nous y rafraîchir. Cet endroit est très vivant, il est toujours neuf, nous y avons enfin bonne conscience d’avoir trouvé notre origine, notre source, notre noyau. De cette manière, c’est la félicité elle-même.


Ce fut bientôt comme la fin de l’existence ; mais cependant pour qu’elle trouve toute justesse. C’est-à-dire que l’homme juste, par la simple droiture de sa vie, peut reconnaître avec une conscience tranquille que sa vie est belle. Quel jeu admirable la vie ne devient-elle pas alors ? Nous suivons la piste qui nous est donnée de l’ailleurs, nous faisons attention à nos signes, nous appelons l’éclaircie après la pluie et l’éveil après la veille—

Ce fut bientôt comme un renouveau de lumière donnée à tous ceux qui espéraient avec leur cœur que la beauté prenne le pas. Avec l’ignorance, nous apercevons toute chose comme au travers une dense fumée. Avec la connaissance, notre vision devient limpide. Qui suis-je ? Nous trouvons la réponse indicible en notre for intérieur. Elle est à l’endroit qui n’est ni dehors ni dedans, à l’endroit où nous n’existons plus—Ce qui passe est faux ; ce qui demeure est la réalité—cette réalité se trouve au-delà de tout—par-delà au-delà—il n’est pas possible de la trouver avec l’esprit. C’est pourquoi, comme il apparaît alors, nous ne sommes pas l’esprit—ce lieu secret ne permet aucune pensée pour le définir.


Nous avons cru au désespoir de nos vies pendant 35 millions d’années. Toujours en quête de désirs nouveaux pour satisfaire l’égo, nous n’avons fait que tourner en rond, égarés par les mirages du Samsara qui nous mène dans cette vie où tout est arrangement entrer le désir et la  souffrance. Il est temps maintenant de réaliser que la source des désirs et des souffrances est en nous, c’est-à-dire qu’ils ne sont que des reflets de l’esprit. La seule véritable paix nous ne savons pas la trouver car obstruée par les gunas, les trois principes qui dictent les actions des hommes [sattva (pureté), rajas (activité) et tamas (ténèbres)] . En transcendant les trois gunas, nous trouvons la paix. Les actions de l’homme ne sont plus dictées par des forces incontrôlables, vivant en lui comme des entités propres, chacune des trois en guerre avec les deux autres pour savoir qui gagnera la bataille à laquelle est échu d’être bénit ou maudit. Ce n’est pas un mince enjeu car il en va du devenir de l’homme. Nous nous rappelons cette phrase de L’Imitation de Jésus-Christ : « celui-là est bien insensé qui se préoccupe d’autre chose que de ce qui intéresse son salut ».


   La nuit de l’esprit nous empreint de telle douleur. Le monde, ignorance, illusion, est à son image. 

Celui qui est dans la forêt et ne sait pas qu’il est perdu, il n’en cherche pas l’issue. Bientôt un feu fulgurant le fera périr. C’est le frottement entre deux arbres qui le procure. Celui-ci est semblable au désir. 

Celui qui est dans la forêt et sait qu’il est perdu, il demande son chemin. Il s’enquiert de l’issue auprès du Guru. Il est sauvé. Il ne périra pas.


Il y a comme un substrat, dont la vie, dont nous-mêmes, ne sommes pas différents. 

La rosée se dépose sur la fleur, nous sommes la Conscience unificatrice. 

Dans les ténèbres océaniques, nous sommes la Conscience unificatrice.

Sur la plus haute neige des sommets, nous sommes la Conscience unificatrice.

Le lion se repaît de sa proie, nous sommes la Conscience unificatrice.

Le guru a pris forme physique, nous sommes la Conscience unificatrice.

Le guru se trouve à l’intérieur, nous sommes la Conscience suprême.

Le guru n’est ni à l’extérieur ni à l’intérieur, nous sommes.

« Je Suis » n’est pas, en réalité, puisque nous sommes tout et chaque chose.


Nous ne sommes pas même « Cela ». En effet, « Cela » n’a pas de mot pour le définir.

Avec « Je suis Cela », nous enlevons « Cela » et il demeure « Je Suis », ainsi nous n’avons plus de direction.

Avec « Je suis », nous enlevons le verbe être, ainsi nous sommes par-delà l’essence.

Avec « Je », nous enlevons le pronom personnel, ainsi il ne demeure ni une personnalité limitée, ni un au-delà de cette personnalité. C’est la fin de la confusion. Il ne demeure plus rien à quoi nous raccrocher. Aucun mot n’est nécessaire à la Vie Suprême, aucune expression pour la définir.


Tant de choses nous appellent au changement. Ce qui nous y pousse surtout c’est la souffrance, qui nous mène aux questionnements sur notre vie, à savoir s’il ne serait pas possible de vivre ne serait-ce qu’un peu plus heureux. Il y a ces deux pôles du plaisir et de la souffrance. Ordinairement, nous en cherchons un, et fuyons l’autre.

Nous construisons nos vies sans envisager qu’un certain jour tout nous sera retiré, et que de plus, chaque plaisir est éphémère. Nous avons une famille, des enfants, une maison, un travail qui nous plaît si nous sommes chanceux, cependant une souffrance latente est là : nous craignons de perdre ce qui a été si chèrement acquis. Si jamais avec cet exemple du pire, tout s’effondre autour de nous, nous perdons absolument tout. Alors il ne demeure qu’un espace, un espace où trouver la joie et les prémisses de la libération si l’on accepte inconditionnellement le nouvel arrangement des choses. Nous découvrons que le vrai bonheur n’est pas à chercher à l’extérieur dans une société consumériste malade, mais à l’intérieur de nous-même. Là où nous n’avons besoin de rien, de plus en plus, pour être heureux. Le souffle, l’Existence, la vie, sont ce qui est le plus précieux.


Pour nous, nous voyons que la souffrance est omniprésente. Nous pouvons pourtant dire que la paix la dépasse car elle est toujours à notre fond. C’est ainsi que la souffrance se déploie dans un espace qui n’est autre que celui de la paix. Or, la première est éphémère et la seconde latente et éternelle.

Dans nos moments difficiles, nous pouvons retrouver notre attention au souffle qui n’est autre qu’un lien le plus précieux avec la vie, qui n’est autre qu’amour. La respiration consciente est outil de paix.

Nous pouvons aussi, dans un tel cas, nous abandonner sans réserve à l’instant tel qu’il se présente à nous, car celui-ci passe, mais en faisant ça, nous trouvons toute sa profondeur, qui n’est autre qu’amour.

Nous ne savons pas ce que ce moment de souffrance apportera par la suite, peut-être une bénédiction. Ainsi, ne le nommons pourtant pas, ne le définissons pas, ne l’étiquetons pas « souffrance ». Gardons une certaine réserve par rapport à ce que nous ressentons. L’homme possède peu de lumières, et ce qu’il en a, il le perd rapidement en voulant trop rapidement définir.


Au-delà l’ombre, la lumière en un lieu d’où les opposés se rejoignent. Il n’est pas possible de qualifier ce lieu. Il n’est pas possible de nommer ce lieu. Innommable, indicible. Il y avait là toute une joie d’exister, c’était le courage de vivre. Ce lieu c’est l’individu, comme un point de conscience, et c’est le cosmos, comme une grande toile de conscience. L’immensité de la conscience est constituée de tout petits points de conscience et en même temps elle les transcende. Notre but est de savoir que nous sommes pure conscience & que le corps & que les pensées & que les émotions sont des éléments d’un jeu divin, leela. Pour certains cette joie d’exister dans la multitude est leela tandis qu’ils demeurent ancrés en cet ailleurs qui les vit, les nourrit, les bénit. Pour plusieurs, ce leela devient une cage dès lors qu’ils s’y identifient, il s’agit de maya, l’illusion. C’est le choix entre bonheur éternel & emprisonnement.


Dans la lumière, nous sommes éblouis de douceur, de tendresse et d’amour. Cette lumière, c’est la force de la création. Krishna prône à ses disciples les plus avancés la voie de la connaissance, qui est la voie du savoir suprême et peut être appelée non-dualisme. Avec cette science mystique, nous comprenons que notre cœur n’est pas différent de celui de l’autre, que la moindre parcelle représente le cosmos entier, et que le cosmos entier est présent dans une de ces parcelles. C’est la non-dualité, là où les extrêmes se rejoignent et se fondent entre eux.

Avec cette voie mystique, le disciple se débarrasse de l’idée qu’il est un corps et un esprit, en d’autres termes, une personnalité. 

L’autre approche est « Qui suis-je » où sans passer par un quelconque chemin de traverse, nous tranchons à la racine même du problème. Il n’y a pas de réponse à cette question, elle posée de telle manière à rompre tous les attachements quels qu’il soient pour désigner directement la source de l’être. Nous coupons à la racine des vasanas et elles dépériront, comme lorsque ayant un miroir poussiéreux, au lieu de vouloir le nettoyer avec d’avantage de poussière, nous enlevons directement le miroir ; il n’est dès lors plus question de poussière. Cela s’accomplît par la grâce du divin.


La magnificence de l’Être ne peut être soumise car elle est libre par essence. Quel est ce cheminement ? C’est la grâce que nous pourvoit la vie. L’ici-même est aussi l’au-delà. Par ce biais nous concevons que nous sommes à l’instant comme autrefois, comme lendemain. La conscience qui se révèle est le seul « changement » possible : la Vie en est le résultat. Par la suite, il est le foisonnement qui semble nous perdre, mais la Vie est une. Combien de temps encore nous faudra-t-il attendre pour nous réveiller de ce songe ? Ouvrons les yeux à l’instant, voyons la lumière qui nous éblouit, qu’elle soit soleil ou lune. Bientôt nous percevrons comme nous ne sommes pas différents, éternels en partage, amour qui nous soutient. Ô loi de l’univers qui est aimante, pourvois-nous un peu de fraîcheur sous l’écrasante brûlure de samsara, rafraîchis-nous à la source des délices lorsque nous semblons être délaissés de tout, par tous. Ainsi soit-il.


Quelques termes sanskrit


adhishtana : le substrat

aham Brahmasmi : je suis Brahman

atma-vichara : investigation du soi

atma-vidya : connaissance du Soi

avidya : ignorance

Brahman : l’absolu

buddhi : l’intellect

dhyana : méditation

hrit-guha : la cavité du Cœur

hridayam : le Cœur

jiva : l’âme individuelle

jīvanmukta : libéré vivant

jnana : la connaissance

jnani : celui qui connaît le Soi

maya : l’illusion

mouna : silence

mukti : la libération

prana : le souffle

pranayama : régulation du souffle

rajas : la passion

sadhakas : les chercheurs

sadhana : discipline spirituelle

samsara : souffrance, ignorance

satchitananda : être-conscience-félicité

sat-sanga : association avec la Vérité

sattva : la pureté

tamas : la paresse

upadesa : un enseignement

vairagya : non-attachement, renonciation de l’éphémère

vasanas : tendances, habitudes de l’esprit

vivek : discrimination