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Chemin & bordures

celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres

Pour celui qui vaque à la nature, il y a comme un retour à soi, que tout entête en nous. Tout nous dicte, dans cet espace sacré de naissance, de perpétuation et de mort, qu’une rencontre avec nous-même est originairement possible à la visite de la magie.

Aussi, la forêt est une terre de chasse ancestrale, de rituels, et tolkièniene, recelant comme âme, aussi bien le bon que le mauvais, l’obscurité qui y demeure et la lumière qui y ruisselle. Au printemps, il règne presque un parfum d’opium tant le pollen nous y enivre. En automne, les arbres n’ont de cesse de s’agiter avec une frénésie toute particulière comme à la prescience singulière d’un grand tourment à venir. Hiver, il y a tant de dénuement et de froid : on croirait, au tréfonds le plus noir de l’âme, qu’une tribu barbare vient saccager, comme de véritables brutes, un espace enchanté, incapables de saisir ni le sens ni la beauté toute transcendante qui transparaît du sacrifice de soi.

Voilà bien pourquoi nous croyons que la forêt a une essence féminine, Terre-Mère, et on pourrait bien voir dans sa capacité à donner la vie, des similitudes avec la naissance du Christ du sein de Marie par l’agissement du Saint-Esprit car de la souffrance de cette Nature résulte le plus beau des enfantements. En effet, ces arbres en train de s’étriper eux-mêmes semblent éprouver également toutes les souffrances du monde qui se lisent sur une écorce en partie dissimulée par la mousse et le fongus néanmoins. Tout se passe comme si nature faisait offrande de cette douleur-ci au monde entier par le biais des parties qu’elle retire de son corps. Cela signifierait un mystère difficile à percer, celui du don de la souffrance nécessaire à la rédemption de chacun.

Cependant, le cycle de perpétuité qui unit la mort à la vie n’est pas tout obscurité. Le placenta d’un enfant naissant est étrangement représenté par un terreau blanc environnant tout le corps des Filles de la Terre, comme pour évoquer la renaissance d’un cycle sans fin et son rapprochement en toute ressemblance avec l’Homme. Avec la nécessité de la mort avant la vie dans un cycle perpétuel, nous voyons ainsi la naissance de toute part des Filles de la Terre qu’encadrent des images d’un sublime ciel d’aurore et de nature qu’on imagine verdoyante et colorée.

Percevons combien le chemin de forêt marque l’itinéraire d’une terre intérieure. Pourtant n’est-ce pas tant les bordures qui nous intéressent ? Tandis que nous y mouvons, tout autour se déroule, immobiles en parterre, racine, noyau & socle. Voilà bien une image qui nous représente, car sur le sentier des émotions, n’y a-t-il pas quelque part, quelque chose d’immobile qui tient notre vie entre ses mains ? Ainsi, nous traversons les bois comme pure amour nous le dicte, et les routes, et les intersections, n’ont pas de fin. Pourtant nous nous demandons toujours ce qui délimite le chemin, et c’est l’environnant, c’est l’espace même de l’éternité.

Voyons combien le parcours a d’importance au regard de la géographie inconnue de l’âme. En ses sentiers, nous sommes guidés par plus grand que nous : le divin, le sacré, le céleste. Ces trois mots représentent l’essence harmonieuse du bonheur, de la joie et de l’amour. Cette trinité nous rappelle qu’en marge de nos vies il en existe une autre qui veille au bien de chacun, mystérieusement et qui écoutent nos prières de ne pas nous laisser nous éloigner du sacré : ce qu’il y a d’essentiellement beau en nous. Nous savons combien tout cela est merveilleux et nous remercions Dame Nature, de nous accorder la grâce de le découvrir.

  Pendant la promenade, il arrive que plusieurs, à force de voir les bordures végétales des chemins, n’en sont que peu émus, c’est qu’ils n’ont point l’esprit de Dame Nature. Nous verrons, prochainement, la simple beauté qu’elles recèlent. 

Par la suite, il y a une vraie luminescence qui éclaire aussi bien le sentier que son environnant comme si finalement, ils n’étaient pas si différents l’un de l’autre. Sans le sentier, la nature est livrée en sa propre beauté sauvage et sans les alentours, le chemin n’est plus que désert vide ayant perdu sa raison d’exister, le sens de sa direction. Ainsi, ils coexistent en parfaite harmonie, comme Ténèbre et Lumières jamais l’une sans l’autre en un cycle éternel où parfois elles se mêlent tant qu’on ne les en distingue plus.