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Ian Curtis

Qu’y a-t-il ? Que se passe-t-il, que faisons-nous ? Nous voici immergés avec un songe d’un tel désespoir noir, celui qui n’ouvre plus les fenêtres sur le jour, celui où les fenêtres sont fermées de tout temps pour cette fusion de nos âmes et du noir. Demeurons-y tant la tristesse, le désespoir, l’ignominie, le meurtre appellent une trêve. Ian Curtis incarne cette trêve. Dans sa voix nous sentons une tendresse et une compassion qui sont à l’inverse de l’univers de sphères noires infrangibles qu’il commente avec tant de poésie désespérée. Il nous appelle à un voyage de destruction de carnage de dépression tant tout ceci est transcendé par l’acte de création

C’est lui qui caractérise les énergies par le pouvoir des mots, & celui qui a les connaissances de la blessure sait aussi par quel processus miraculeux elle guérit. C’est-à-dire, pour parler de l’obscurité nous nous adressons à elle depuis un espace de lumière d’une telle intensité que dans son aveuglement, nous croyons ne plus voir. D’autre part, c’est grâce à la lumière que toute obscurité existe puisque l’une ne va pas sans l’autre. Si Ian Curtis n’avait pas été une telle étoile polaire, magnétisant à elle les fonds de la beauté, il n’aura jamais pu percevoir en lui-même et autour de lui tant de désespoir.

Il y a dans ses visions quelque ténèbres accompagné d’une rage poignante face à un univers qui a perdu tout son sens. On pourrait bien en dire qu’il se fait chantre de lumière envers un monde qui ne lui montre qu’horreur et malheur : une fois que l’on a jeté un regard dans les tréfonds de l’histoire humaine, un poète est dès lors subjugué par la guerre sans cesse répétée sans cesse perdue, en apparence, du beau contre le laid. Il y a une force, une droiture inexpugnable, un regard levé, chez Ian Curtis, qui me fait croire qu’avec une telle musique, ses incantations pour la délivrance des tortures et des tourments ne peuvent que vaincre. Joy Division en son ensemble propose une musique de délivrance par le rite avec une cérémonie vécue & menée de plein front par Ian Curtis. La force de ce qu’il perçut poétiquement, les lieux où l’emmenaient le langage peut-être avaient-ils fini par le vaincre malgré la lutte. Mais je ne le crois pas. 

Il y avait pourtant comme une harmonie, la musique, le chant. Voici bien que nous y voyons quelque chose de beau : c’est l’intransigeance d’un chant qui s’approche par moments du cri, comme si en effet, Ian Curtis éprouvait une horreur toute existentielle, c’est à ce moment entre le chant monotone et celui hurlé qu’on aperçoit comme un déchirement. Dans cette intransigeance spartiate auquel appartiennent certaines caractéristiques de la monotonie ou du parlé, surgit par moment un rugissement qui fait résonner en nous un appel, une mise en garde : ce que je vous chante est insoutenable de douleur, je ne sais pas encore combien de temps je tiendrai pour le faire. 

Son dernier geste, nous lui en laissons tout le secret qui appartient à lui seul.