Pierre et Jeanne s'aimaient d'un coeur pur à l'âge de leurs vingt ans. Ensemble, ils parcouraient les bois, admirant feuille nouvelle et cueillant au printemps, en automne se laissant bercer par la tendre mélancolie des matins à la brume légère telle leur amour. L'été, ils faisaient un petit feu autour duquel danser joyeusement puis sautaient au-dessus de celui-ci pour sceller leur voeu de former couple éternellement. L'hiver venu, ils se couvraient de chauds lainages et parcouraient quelque sentier proche de leur habitation pour le simple plaisir de voir leurs pas s'imprimer côte à côte dans la neige toute fraîche et blanche. Cette blancheur était comme l'écho de leurs âmes mises à nu par les sentiments qu'ils se découvraient toujours avec une force renouvelée, cristallins et encore fragiles comme les flocons éphémères, limpides comme le cours d'eau d'un rapide, mais sereins aussi comme le lit dans lequel il s'élançait avec tant d'ardeur.
Les parents de Pierre vivaient en un petit clos-masure, entouré d'un champ où ils cultivaient le blé nécessaire au pain, qu'ils apportaient ensuite au meunier pour en tirer la farine et il restait toujours assez de place pour les légumes coutumiers de leur repas. Le beurre et parfois la viande, ils trouvaient au marché du village, non loin de là.
Pierre aimait ses parents et était aimé d'eux. Il les aidait en tout et était bien récompensé par l'affection qu'ils lui prodiguaient. Quand il n'était pas au champ, il retrouvait Jeanne et souvent ils parlaient de l'avenir qu'ils espéraient pour eux deux car bien qu'ils eurent usage de la beauté de leur vie, comme un ailleurs ne cessait de les quérir. Ils aimaient leur vie faite de bonheur simple et si liée à la nature mais ils avaient aussi entendu parler, par le biais de gens de passage, d'autre chose que d'un village qui délimiterait leur vie à toujours : il existait en vérité des villes plus importantes, où se trouvaient tant de gens regroupés que cela leur semblait inimaginable. Ils aspiraient à cela. Jeanne aurait pu faire ouvrage de ses talents de couturière car elle confectionnait depuis longtemps déjà ses propres robes et Pierre, quant à lui, avait acquis de son père le talent de menuisier et le travail du bois ne lui gardait plus aucun secret. Ainsi passaient les jours… jusqu'au moment décidé pour leurs fiançailles, qui seraient raison de joie pour le village.
Les préparatifs durèrent quelques jours, car il y aurait force de beaux plats, d'hydromel et comme tout le monde participait, chacun apprêtait sa tenue du mieux qu'il put. On sortit deux longues tables qui furent installée près de la maison du bourgmestre. Puis, le moment venu, les festivités commencèrent : il y eut une ronde où tous prirent part, tournant allègrement au rythme de la musique qui émanait avec enjouement des instruments d’un petit groupe de villageois. Tandis que tous se réjouissaient, les tables furent apprêtées de divers mets, comme venaisons apportées par les hommes, fruits de saison cueillis par les femmes, pains qui sortaient des fours et boissons douces et fortes. Lorsque la danse finit, Pierre et Jeanne prirent place au centre d’une des deux tables puis les autres, encore fébriles, s’assirent aux sièges désignés, selon leur lien de parenté, selon leur importance et leur rôle au village. Pierre, debout, remis à Jeanne la bague qui signifiait leur vœu amoureux que celle-ci glissa sur son annulaire gauche. Enfin, les fiancés se servirent, puis tout le monde. Ainsi, se passèrent les réjouissances, accompagnées de maints discussions joyeuses, d’exclamations de joie, et de rondes, jusqu’à ce que la nuit tombe, et il fut le temps du repos.
Cependant, Pierre et Jeanne désiraient encore la compagnie de chacun et se retirèrent à l’orée du bois avoisinant le village, dans un pré où ils se reposaient parfois. Ici même, la fille tressa une bague qu’elle enfila et le garçon une couronne de fleurs blanches qu’il plaça sur la tête de sa bien-aimée. Ils s’embrassèrent en se tenant dans les bras. Jeanne ferma les yeux, et dit : « Pierre, comment pourrais-je oublier ce moment de magie entre nous deux. Tu es beau et jeune, fort toujours, et je suis belle et jeune, pleine de tendresse toujours. Aimons-nous à jamais. » Son compagnon fut ému et la serra d’autant plus fort, pressant ses lèvres contre les siennes. Comme la tête tournait un peu à la nouvelle fiancée, ils finirent par rentrer dans leurs habitations respectives.