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La rencontre

Les primevères sauvages dégageaient leur parfum, même difficilement perceptible. On trouvait de l’ombre à la lisière des arbres. L’herbe était haute par endroits, assez pour arriver jusqu’aux genoux, couverte de rosée le main—dans la pénombre, car les arbres ne laissaient pas encore passer la lumière de l’aube. La journée, elle était simplement mue par la brise et baignait dans le silence, rompu par moments par une course de renard, de lièvre, de perdrix. Puis les silhouettes dorées des arbres se découpaient contre le ciel violet et l’obscurité demeurait dans la clairière.
  C’est ainsi que la scène se présentait à Emilien dans ses rêves. Il ne savait pourquoi car ce lieu n’évoquait rien pour lui et cependant le songe se répétait, s’annonçant toujours par le parfum discret de la primula veris. Il n’y prêtait pas attention et quand il l’avait complètement oublié, il surgissait de nouveau et rien ne semblait se passer, lui-même semblait en être absent. Il se demanda la signification de ce rêve qui se démarquait des autres par son réalisme. C’était une sorte de tableau mouvant qu’il observait à loisir et son regard pouvait s’attarder sur tel détail qui se révélait avec netteté. Une nuit il eut dans ce rêve la sensation d’une présence et il en fut troublé. Il y avait à la lisière du bois des yeux qui regardaient.
Il en demeura une impression diffuse car le songe avait fait résonner quelque chose de lointain et d’oublié. C’était comme s’il contenait un message qu’il n’arrivait pas encore à entendre. Il avait l’impression que quelqu’un s’adressait à lui avec prudence pui révélait ses intentions peu à peu. C’est lors d’une visite chez ses parents et d’une promenade en forêt qu’il eut l’occasion de sentir le parfum du rêve car c’était le printemps et les premières fleurs sauvages poussaient. Tout lui revint à l’esprit.
Cette scène il l’avait vécue étant enfant, alors qu’il était en vacances avec un camarade, Louis. Il le rejoignait dans la ferme aménagée de ses parents qui possédait jardin fruitier et serre florale. Ils jouaient au ballon dans une clairière. Louis lui lança la balle, il ne put la rattraper et c’est en allant la rechercher dans le bois qu’il aperçut ce regard qui semblait surgir d’une contrée lointaine et inaccessible. Il ne se souvenait pas du visage qui dépassait à peine du chêne contre lequel cette personne devait être tapie. Il fut effrayé mais ramassa la balle et courut à son ami. Quand il lui raconta avoir vu quelqu’un qui les observait celui-ci ne le crut pas car selon lui les bois étaient silencieux et ils auraient entendu quelqu’un s’approcher d’eux. Emilien ne se laissa pas convaincre et ne désira plus jouer à cet endroit. Ils continuèrent leur jeu ailleurs jusqu’à ce que la fatigue les gagne.
Arrivé à l’âge adulte, Emilien avait délaissé la nature pour la ville et à son contact il avait peu à peu perdu le goût du merveilleux qui l’animait quand il était plus jeune. Il s’était dédié à des recherches purement intellectuelles, cherchant dans les grandes philosophies modernes à assouvir sa quête de sens. Louis était son compagnon de pensée et ne voyait dans l’existence qu’un vaste terrain de jeu où l’homme était livré à lui-même et ce qu’il percevait de son environnement matériel délimitait la seule vie possible. Par ignorance et parce que les idées de Louis avaient déteint sur lui, il n’avait pas su renouveler dans l’univers citadin sa quête d’un monde régi par des lois mystérieuses. Ce souvenir surgi de sa première jeunesse attisait le feut étouffé de son imaginaire où il ne restait plus que charbon sous la cendre.
Un matin en sortant de chez lui, il trouva deux plumes d’oiseau glissées sous sa porte. Le vent n’aurait pas pu les amener ici car il habitait un immeuble et conscient que le songe était un signe il comprit que cette découverte pouvait aussi en être un. Un autre jour, il ouvrit ses volets de petit matin et fut surpris par une pluie de fleurs blanches qui tombaient devant ses yeux. Il se pencha pour regarder et même si ses voisins du dessus avaient des fleurs à leur fenêtre ils n’en avaient point de blanches. Maintenant que ces événements se produisaient au pas de sa porte, au seuil de sa fenêtre, à l’orée de ses rêves, il ouvrait plus grand les yeux, percevant failles et petits effondrements dans l’édifice de ses croyances qui interdisaient toute foi en un système autre que la logique humaine. Il n’avait pas encore acquis une telle rigidité d’esprit que ce qui semblait contredire cette cohésion était expliqué par des détours de la pensée. C’est parce qu’il restait une once d’innocence qu’il arrivait à détourner un peu le regard d’un rationalisme qu’il avait jusqu’alors érigé en vérité immuable.
En marchant dans une rue bondée, un passant le frôle et lorsqu’il rentre chez lui, il trouve dans la poche de sa veste un papier sur lequel sont inscrits ces quelques mots :
Fais nous un signe
car il suffit de croire
et nous, Ëtres des confins
viendront vers toi 
Ainsi, il y avait bien quelqu’un qui cherchait à s’adresser à lui. Il fut rempli d’une grande joie car ce message venait confirmer les précédents événements auxquels il n’avait pas encore voulu croire entièrement. Il retrouvait soudain une foi presque enfantine en un univers merveilleux qui ne demandait plus qu’à être découvert.
Il se sentait de plus en plus attiré par la clairière du rêve, qui lui semblait être un point de départ vers quelque chose d’inattendu qu’il ne savait définir. Une fois parouru le chemin jusqu’à cet endroit, il s’asseyait sur un talus et laissait ses idées vaguer comme bon leur semblait, puis il éprouvait une sensation de calme, et par moments le vide se faisait dans son esprit, en harmonie avec la paix des arbres. Parfois il laissait quelques biscuits ou quelques fruits et jamais il ne les retrouvait. Pourtant il ne savait s’il était sur le bon chemin car maintenant qu’il se rendait fréquemment à cet endroit il n’avait plus eu aucun signe d’une présence quelconque. Le calme qui se faisait dans son esprit, inhabituel pour lui, était le seul aspect remarquable de ses promenades.
Lors de ses sorties, il commença à s’aventurer plus loin dans la forêt. Le feuillage se faisait si épais que l’obscurité tombait par endroits. Il avançait sur un chemin à peine tracé qui le mena jusqu’à un parterre de pins dont l’odeur l’enivra. Il décida de passer une nuit complète au milieu de ces arbres qui lui plaisaient. Il emporta une petite tente, des affaires pour passer la nuit et il s’installa. Il choisit un endroit surelevé, d’où il pouvait observer le chemin mais où il était invisible.
Au début, il s’assit à l’entrée de la tente, enveloppé dans une couverture et il pria intérieurement ces êtres qui s’étaient adressés à lui de se manifester. Il attendit dans le silence, à cet endroit qui ne connaissant guère la lumière du jour alors même que le crépuscule se faisait et l’atmosphère se fit plus sombre et devint impénétrable. Il n’osa pas rester plus longtemps ainsi privé de lumière car certains bruits l’inquiétaient. Il s’allongea puis il s’endormit.
Au plein milieu de la nuit, des pas s’approchèrent de la tente faisant à peine craquer quelques épines. Des mains cherchèrent dans les affaires d’Emillien sa gourde et y versèrent le noir contenu d’une petite fiole. Le forfait qu’il venait de commettre remplit cet être d’une joie malfaisante et une fois repartit il eut un rictus car il ne connaissait pas le rire puis disparu dans les ténébres d’où il était venu.
Au petit matin, une ombre s’avança doucement de la tente. Il régnait un grand calme autour d’elle. Il s’agissait d’une figure vêtue d’une cape grise avec un capuchon baissé sur le visage. Quelque chose avait du éveiller sa vigilance car elle souleva la porte de la tente pour observer qui se trouvait à l’intérieur. Elle perçut immédiatement qu’un sort avec été jeté sur le paisible dormeur. Cette présence s’agenouilla et parcouru la tente du regard : il s’agissait bien d’Emilien sur qui elle avait veillé depuis toujours. Elle était consciente de ses efforts pour rentrer en contact avec elle et maintenant qu’il se trouvait ici il lui faudrait prendre soin de lui Elle apposa ses deux mains sur son visage et pria longuement dans sa langue inconnue, les mots se succédant tels des gouttes d’eau dans un ruisseau.
Elle passa quelques jours à son chevet priant la déesse nature de le sortir de ce sortilège, le nourrissant d’une concoction d’herbes aux vertus médicinales. C’est ainsi que passèrent plusieurs jours jusqu’à ce qu’enfin Emilien soit tiré de son péril et entrouvre les yeux, sortant ainsi d’un noir sommeil sans songes. L’elfe était à ses côtés, d’une grande beauté mais aux traits très simples. Son visage était resplendissant avec des yeux de la couleur du lichen, un nez fin et droit, des lèvres délicates et de gracieuses oreilles pointues. Son capuchon était rabaissé sur ses épaules découvrant sa longue chevelure brune. Emilien ne sut que dire et l’elfe demeura longtemps silencieuse puis elle dit enfin : « Je m’appelle Glaniel. Je suis venu à ton secours car une créature mauvaise a mélangé à ton eau un produit maléfique sous l’emprise duquel tu aurais dépérri si je n’étais intervenue. Je t’ai soigné à l’aide de plantes curatives ». Il y avait encore à côté d’Emilien une écuelle en bois contenant une mixture de la couleur de l’herbe des prés et dont l’odeur allégait celui qui la sentait. Elle releva doucement la tête d’Emilien et lui en donna à boire.
« Dès que tu pourras marcher nous irons vers ma hutte qui se trouve non loin d’ici ».
Une fois arrivés chez Glaniel il s’assirent sur des coussins d’herbe et Emilien ne put s’empêcher de lui demander qui elle était.
« Je suis celle qui veille sur toi depuis toujours ».
La hutte était simple avec un matelas de paille à même le sol, une petite table carrée et de quoi cuisiner des repas légers à base d’herbes, de racines et de noix. 
Elle lui prit la main tendrement : « Tu es arrivé jusqu’ici car je t’y ai guidé. J’ai senti ton cœur pur depuis ta petite enfance et n’ai eut de cesse de souhaiter que nous nous rencontrions ».
« Pour ma part je suis heureux de cette rencontre et vous remercie de m’avoir sauvé de cette déréliction que me réservait ce noir breuvage. J’ai enfin le sentiment d’être arrivé à destination ».
« Pas encore, il nous reste du chemin à parcourir mais je t’en reparlerai ».
Ils passèrent ainsi les premiers jours du printemps à faire connaissance dans le plus grand silence entrecoupé de douces paroles jusqu’à ce qu’un matin elle lui annonce leur départ : « Nous partons aujourd’hui ».
Ils préparèrent de quoi manger sur le chemin puis prirent la route. Ils traversèrent les sous-bois et voyagèrent de nuit pour ne pas se faire remarquer. Emilien n’avait aucune idée de leur destination. Ils voyagèrent ainsi pendant plusieurs jours, marchant en silence et se reposant le jour dans des fourrés et autres fossés. Lorsqu’ils marchaient la nuit il leur arrivait de traverser des routes silencieusement avec pour seule compagnie les animaux de la forêt qui veillaient sur eux. Ils croisaient le chemin d’une chouette, d’un lièvre ou d’un renard.
« Nous arrivons bientôt ».
En effet Emilien se mit à percevoir de discrets mouvements derrière les arbres puis ils dépassèrent des huttes isolées avant d’arriver devant deux chênes majestueux.
« Ce chemin est dissimulé de tous. Comme celui de ma hutte, je suis la seule à pouvoir t’y guider ».
« Je te remercie de tant de grâces Glaniel même si je ne sais encore où nous nous rendons ni pourquoi ».
« Tu sauras tout cela en temps voulu ».
Derrière ces grands arbres Emilien en aperçoit d’autres plus grands encore sur lesquels avaient été construit de grandes plates-formes. Après avoir franchi cette arche végétale deux elfes aux habits simples et conçus pour se dissimuler dans les bois vinrent à leur rencontre. En effet Emilien les avait à peine vu arriver. Ils saluèrent Glaniel dans une langue aux douces sonorités qu’il ne comprit pas. Glaniel lui expliqua qu’ils étaient deux gardiens de cette grande cité des elfes qui était leur destination. Ces sentinelles les guidèrent vers une petite plate-forme où ils pourraient se reposer à loisir après leur long voyage. Ils leur apportèrent des fruits et de l’eau pour se restaurer. Emilien s’allongea sur sa couche de paille, de mousse et d’herbe sèche après avoir goûté certains de ces fruits au goût succulent et inconnu de lui. Glaniel fit de même puis convia Emilien à dormir un peu : « De grandes choses nous attendent ce soir ».
Il vivait tout cela comme un rêve, le trajet de nuit, les fruits étranges et même quelques chants lointains qu’il percevait à peine. Il observa Glaniel endormie admirant la tranquillité de son visage puis finit par s’assoupir à son tour. Le soir venu Emilien se trouva seul sur la plate-forme et remarqua à côté de sa couche quelques vêtements pliés soigneusement. Il se changea adoptant ainsi ces habits aux reflets imperceptibles de gris, marron et vert. Il trouva également une cape chatoyante qui lui seyait à merveille. Il observait du haut de son habitat les alentours, éblouis par tant de beauté dans la nature car c’était le printemps et les arbres retrouvaient toute leur verdure même si au premier abord ce lieu ne semblait pas être sujet au passage du temps. Il commençait à faire nuit lorsque Glaniel revint vêtue d’une simple robe blanche et portant un diadème au front seule concession qu’elle eut fait à un apparat d’élégance car sa seule beauté lui était nécessaire. Elle venait sans doute d’être allée expliquer pourquoi cet humain était convié à la célébration de la lune et du printemps parce qu’elle sentait en lui une grande pureté de cœur et un goût du merveilleux qui auraient pu le nourrir.
« Suis moi et garde le silence quoi qu’il arrive ».
Ils traversèrent maint plates-formes en empruntant des passerelles et des échelles. C’était maintenant le soir et leur chemin était illuminé par des torches tandis que tout autour d’eux de jeunes pousses les environnaient sur les grands arbres. Une fois de plus Emilien suivait Glaniel aveuglément mais il faisait toute confiance au calme qui l’envahissait en sa présence. Ils arrivèrent enfin sous la cime du plus grand arbre où se trouvaient réunis de nombreux elfes silencieux. Au bout de l’allée centrale se trouvait un autel de bois ouvragé. Ils prirent place sur l’aile droite et se recueillirent dans ce silence qui était comme le chant d’une prière. La quête de merveilleux d’Emilien touchait à sa fin. Tout ce qu’il avait cherché sa vie durant était réunis ici devant ses yeux. Une elfe aux cheveux blonds, épais et lisses dont le visage était doté d’un raffinement qui n’était pas de ce monde vint se tenir derrière l’autel. C’est alors que l’assemblée se mit à entonner un chant d’une belle mélancolie qui semblait être l’incarnation même d’une saison où tout se renouvelle pour laisser derrière elle la froidure de l’hiver. Emilien se laissait transporter par ces chants si ce n’était les regards hautains d’un grand et bel elfe qui se retournait parfois vers lui avec des yeux emplis d’une grande méfiance. Il ne put s’empêcher de remarquer une ressemblance certaine entre ses traits et ceux de Glaniel. Au bout d’un certain temps tout le monde fit silence à nouveau et la grande reine prêtresse trancha une petite branche fleurie avec une serpe d’or et plaça ce rameau dans la chevelure d’or elle aussi d’une jeune elfe qui le reçut dignement. Après un autre moment de recueillement l’assemblée se remit à chanter d’une seule voix un chant bref aux suaves sonorités qui semblait être la conclusion de la cérémonie tant il incarnait le silence même qui régnait autour d’eux.
Une fois revenus sur leur plate-forme Glaniel le traduisit pour Emilien :
Ô Reine divine
qui règne au-dessus de nous
dans un ciel de songes évanescents
Ta majesté est parée d’argent
qui, de ses reflets, éclaire notre tristesse
et guide nos pas vers toi
De son silence la nuit te garde
de même que tu veilles
silencieusement sur notre foi
et tes rayons sont comme autant de racines
enfouies dans l’abîme de nos âmes
Notre ramage s’accroît
par ta grâce, Ô Déesse du ciel,
et sans toi, nous dépéririons
dans un néant sans espoir
Nous chantons ta gloire
Depuis des millénaires infinis
nos souverains qui ont connu autant de siècles
s’agenouillent devant ta splendeur
dans toute l’éternité.
Elle lui expliqua qu’après cette célébration viendrait aussi le temps des réjouissances auxquelles il était aussi convié.
Les chants se succédaient accompagnés du luth et de la harpe qui transportaient Emilien hors du temps dans un monde de songe et de rêverie. C’était comme s’il ressentait en lui-même la sève qui parcourait les arbres pour donner naissance aux nouvelles pousses. Il percevait toute la magie du renouveau et toute autre époque en était bannie. Les elfes l’observaient avec une certaine curiosité, assis sur une simple chaise auprès de Glaniel qui échangeait de brèves paroles avec ceux venus prendre de ses nouvelles. Certains apportèrent une boisson d’un vert délavé comme la feuille qui s’ouvre sous son premier rayon de soleil et elle procurait à Emilien une sensation de légèreté et de joie qui effaçait chaque souci qu’il aurait pu garder dans son cœur. Il remarqua pourtant que l’elfe hautain de la cérémonie leur tournait le dos pendant toutes les réjouissances.
Ils demeurèrent encore quelques jours dans la grande cité puis Glaniel fit provision de fruits mûrs ou séchés, de racines tendres et sucrées au goût raffiné avant qu’ils ne reprennent le chemin du retour car elle lui expliqua que le temps était venu de retourner à son avant-poste afin de continuer à veiller sur le bien-être des animaux comme des plantes.
Au moment de partir ils eurent la surprise de recevoir la visite de la grande prêtresse et reine des elfes. Vêtue d’un bleu nocturne, il se dégageait d’elle le doux calme d’un serein crépuscule au moment même où les derniers rayons du soleil disparaissent pour laisser place à ceux de la lune.
« Veuillez accepter en gage d’amitié de tout le royaume ce simple don. Ainsi vous souviendrez-vous toujours de votre séjour parmi nous ».
Elle lui remit une bague d’argent dans laquelle était enchâssée une améthyste, pierre qui incarne la douceur des songes.
« Ainsi je serai toujours lié à la beauté que vous m’offrez. Je ne sais comment vous remercier pour tant de grâces ».
« Inutile de me remercier mais que votre amitié avec Glaniel fleurisse comme blanche fleur sur la branche nouvelle ».
Ils retournèrent chez Glaniel.
« Il est temps maintenant que tu rentres chez toi ».
« Cependant comment te reverrais-je ? »
« Le chemin qui mène à ma hutte ne te sera plus caché. Le sort qui le dissimulait pour toi en a été levé mais ne parle à personne de ton séjour ».
Ils se dire adieu en s’étreignant puis Emilien partit chez lui avec ses affaires sauf ses habits elfiques dont il lui laissa la garde. Toute sa foi était renouvelée redevenant celle des croyances simples d’un enfant. Il avait appris le recueillement, la prière et la sagesse des elfes. Il avait aussi goûté une nourriture bénie dont on mange avec parcimonie et qui rendait fade au plus haut point celle préparée par les humains. La cérémonie avait rendu le caractère sacré de leur existence perceptible étant dévouée à une réalité supérieure à laquelle ils appartiennent seuls alors que les humains vivaient dans une réalité matérielle dont ils ne peuvent s’échapper que par la force de l’esprit et de la foi. Le souvenir de ce séjour créait en lui le sourire d’une douce hantise car le souvenir en était merveilleux mas il craignait aussi qu’il ne devienne aussi lointain jusqu’à s’effacer de lui-même.
Il passa quelques temps à s’occuper des arbres fruitiers et de la serre florale mais il désirait avant tout la compagnie de Glaniel. Il reprit le chemin de la forêt mais il n’y avait plus rien là où le chemin de la hutte devait se trouver. Il revint inlassablement à cet endroit mais sans jamais que ne se révèle le sentier qu’il convoitait. Après deux mois il se résolut même à passer la nuit dans la forêt sous sa tente. C’est au petit matin qu’il entendit le doux chant que Glaniel lui avait traduit. Il se rua dans la direction d’où venait ce chant et par miracle il arriva chez Glaniel qui se tenait debout et s’interrompit car elle l’avait entendu arriver de loin. Emilien prit une de ses mains silencieusement et la baisa.
« Je ne pensais plus jamais te revoir. Ton chant m’a guidé jusqu’à toi ».
« Emilien, je ne comprenais pas non plus pourquoi je ne recevais pas ta visite jusqu’à ce que je découvre que le sort avait été jeté à nouveau pour que tu t’égares en me cherchant. J’ai la certitude qu c’est mon frère, Elendel, celui qui nous regardait avec dédain, qui en avait voulu ainsi. Seul ce chant qui incarne l’amour que nous nous portons a pu lever ce sort ».
C’est ainsi qu’ils purent passer de nombreuses journées ensemble. L’elfe apprit à Emilien comment approcher les animaux sans les effrayer, à trouver les bonnes racines et les bonnes plantes pour se nourrir comme lorsqu’ils partagèrent une soupe d’orties dans de simples écuelles en bois. Plus le temps passait plus la tendresse et le respect qu’ils avaient l’un pour l’autre grandissaient. Ils voyageaient encore parfois vers la grande cité des elfes où la présence d’Emilien était de plus en plus la bienvenue même par Elendel qui lui adressa la parole à plusieurs reprises en s’excusant à mots couverts d’avoir voulu les séparer l’un de l’autre.
Emilien se fit plus âgé et Glaniel demeurait toujours aussi belle et jeune. Il fit le vœu d’être enterré sous les pins où Glaniel était venue à son secours. Lors de son trépas les primevères sauvages fleurissaient et les animaux s’attroupèrent autour d’eux. Glaniel offrit des cerises sauvages, des fraises des bois et des noix à sa déesse pour qu’elle guide son âme car les contes anciens disaient que ceux qui ont côtoyé les elfes sont conviés à leur mort dans les anciennes terres de leur naissance.