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Lust for life

Pour lui, le dialogue est enrichissant et il voit toujours le bon côté des choses. Il apprend énormément de son cancer. Il amplifie ce qui l'arrange et minimise ce qui le fait souffrir. Il s’invente la plus belle faim qu’il puisse s’imaginer. Il se sert de ses mensonges aux autres pour se mentir à lui-même.
Il voulait mourir sans que l’on se rende compte qu’il souffre. Sans que lui-même ne s’en rende compte sans doute, sans tristesse, sans désespoir face à la mort, sans avouer le mensonge. En préparant chaque intervention pour faire le buzz, avec la faim.
Sa faim, mise en vidéo, est d’une importance primordiale pour tous les autres, ce qu’il fait par pur altruisme. Il tient bon, coûte que coûte, face à la faim qui frappe à sa porte, se rendant compte, tant bien que mal, que cette fois c’est terminé pour lui, ne se rendant pas bien compte sans doute parce qu’il s’est construit une maladie imaginaire, une maladie qui ne fait pas souffrir, et s’il souffre tout de même, s’il meurt tout de même, c’est par pur altruisme, dernier élan sublime et majestueux de bonté et de générosité, envers les autres. Il a fait de sa faim une sorte de fête resplendissante, une forme de sacrifice inversé qui serait de l’ordre du don de soi, alors que tout simplement, il ne veut/peux pas admettre sa déchéance et son impuissance face à la maladie et à la faim, qui par le biais de son dernier spectacle mis en vidéo, lui acquiert l’immortalité. Il est fixé dans son spectacle, voilà pourquoi il est si faux, si faussement généreux. Ses vidéos, son spectacle, sa fête de mort, sont sa dernière supercherie. Dans sa dernière vidéo, il se rend finalement compte qu’il a gâché son ultime départ, jusque dans ses touts derniers instants, jusqu’à son dernier souffle, lamentablement gâché, par sa tromperie veule qu’il découvre finalement, au dernier instant, parce que la mort est inéluctable. Il existe au détriment des autres, faisant son petit journal de bord sans se soucier de la souffrance que cela peut causer, du traumatisme effroyable de voir quelqu’un se dégrader, jour après jour, face à une maladie incurable, en sachant l’inévitabilité du départ, annonçant avec une forme de jouissance perverse la dégradation de son état, dans le détail, parce que de quoi d’autre pourrait-il parler, face à cette mort qui a trop de place, même, toute la place, le spectateur prenant ses distances, tant bien que mal ses distances, face à son spectacle, qu’en plus, il veut passionnant, parce qu’il y a le rôle principal, et que ses vidéos sont orchestrées à l’avance.