Chez eux deux il y a l’errance ils sont tous les deux des troubadours. Ils éclairent une même facette de l’existence avec leur musique. Leur inspiration musicale est différente, pour les paroles, ils sont tous les deux écrivains et poètes avant tout et avec la musique. Ils consignent l’époque et cette inscription même bouleverse tout parce qu’elle en fait partie : pouvoir de la poésie, pouvoir de la chanson. Ce sont tous les deux des visionnaires. Ils ont tous les deux vu l’immortalité de près en sondant en cherchant incessamment. Cette recherche n’a jamais cessé elle s’est adaptée aux aléas et à la Vie dont ils abordent surtout l’Amour et la Mort. Dylan est révolté quand Cohen est inquiet. Dylan se réfugie. Cohen s’approprie. Bob Dylan. Une diction une voix. On ne peut pas véritablement comprendre Dylan sans lire les paroles à plat sur le papier tant folk, blues, et rock prennent de la place chez lui. Sa musique est une muraille une construction inébranlable, et sa voix, où il inscrit la poésie. Dylan est porté accompagné la mélodie est un guide fidèle, stalwart, indéfectible, intransigeant et qui ne risque pas de le quitter. Il y a toujours la musique où réfugier l’écriture. Leonard Cohen. La voix en or qui envoûte si on l’écoute. Une profonde et vaste tristesse est chez lui et omniprésente à l’abord puis comme tranquillisée plus tard quelque chose a été accepté probablement qu’il y a des choses que l’on ne peut pas changer qui ne peuvent pas changer et aussi de nouvelles réponses ont été trouvées aux mêmes questionnements. Tant la force de ce qu’il ressent n’a pas de limite ni aucun frein dans son intensité et souvent dans l’aveuglement, les mélodies, la note, l’accord, sont imprégnés changés coïncidant parfaitement.
La voix d’Erica Buettner, c’est la voix qui ensorcelle celui qui l’entend. Sa voix nous appelle pour un voyage à l’ailleurs. C’est la voix d’Erica Buettner qui nous invoque. Pour son second album l’auteur compositrice interprète a quitté les booktstores parisiens et les cafés pour nous transporter avec elle vers les horizons du Sud, le Portugal et l’Italie où elle a écrit ses chansons ; cependant peu importe le lieu, c’est une mélodie unique et c’est un timbre unique de la traveling bard qu’elle conjure intemporellement : c’est l’endroit éternel qui l’inspire et en ce lieu tout est disposé au présent incessant. Elle déroule avec ses mélodies une douce temporalité qui nous étreint dès lors que nous l’entendons, presque sans besoin de l’entendre car pour elle les mots perdent parfois leur importance. Il faut juger avec discernement de leur valeur. Il y a un espace pour la vérité et un espace pour le mensonge et la fausseté. La chanteuse tire son eau avec droiture face à un monde qui périt sans cesse de sa perte de valeurs. Face à lui nous trouvons la nature et ses éléments, son chant éternel et sa douceur de vivre, à un autre tempo. Elle appartient donc à la ville sans pourtant tout lui avouer d’elle-même, jouant un jeu auquel elle excelle désormais : celui de la dissimulation ; qui n’est pas sans nous rappeler les paroles de l’Evangile : « si quelqu'un parmi vous pense être sage selon les critères de l’ère actuelle, qu'il devienne fou afin de devenir sage » (1 Corinthiens). La chanteuse se demande comment regarder vers le passé ou s’il est nécessaire de tout en conserver ; par le biais de cette contemplation elle en arrive à se demander où nous allons the uncertainty. Le devenir est cette falaise érodée par le courant d’une eau au passé qui mène cependant peut-être à la découverte d’une essence véritable, d’une qualité impérissable de soi. Ce serait par le biais du chant, de la musique, que l’on se découvre ? Quel rôle a la création hormis le soin de nous apporter le bonheur et la félicité, de nous perdre un instant où nous nous retrouvons tel que nous sommes. Toujours en prise avec le doute : Erica Buettner croit pourtant au pouvoir des mots à évoquer le passé, apporter le futur et changer le destin. On a la somme des connaissances des ressentis mais on ne tire pas en permanence explicitement en formulant par le langage les conclusions, d’où le fonctionnement des rêves avec leur symbolisme. Les informations que l’on recueille s’organisent et ressurgissent au bon moment. Quel est cet apprentissage ? Quelle est la connaissance de chacun ? Quelle est la réponse universelle pour ceux qui cherchent ? Comment la pourvoir le mieux possible et aussi au plus grand nombre ? C’est le cheminement, c’est l’incarnation, c’est l’exil et très souvent l’errance. Qu’en est-il de l’artiste et de son art ? Il faut faire pour faire. Est-ce qu’une vie est suffisante pour un talent pour une oeuvre ? Si la réponse est oui, alors la prédestination existe.