Ne voit-on pas dans le souvenir du viol d’Ellen par Bruce un cas typique de souvenir-écran ? Et n’est-ce pas le cadavre transporté dans le coffre la vérité embarrassante qu’Ellen l’a tué parce qu’elle s’est mise à haïr Bruce notamment en s’appropriant par elle-même les outils de sa blessure, la maltraitance du machisme violent manipulateur haineux. Le monstre, Moonface, quant-à lui pour moi n’en est pas un, c’est l’agent qui révèle à Ellen la noirceur de son cœur sa culpabilité et la force inexpugnable qui l’envahit quoi qu’il arrive, c’est-à-dire, le châtiment, qui lui est propre bien qu’Ellen eut aimé être victime d’un viol qui justifierait le meurtre, ou d’une agression donc, comme par le monstre, ses propres pulsions perverses et masochistes. C’est pourquoi Moonface fournit à Ellen tous les outils nécessaires à s’inculper, à sceller dans la chair, et surtout à sombrer dans la folie, l’énucléation de Bruce est un viol et une castration. Elle lui retire ce qu’elle a gardé étant aveugle et ainsi de suite…
La chute d’eau, la chute vertigineuse d’Ellen. Encore une fois le double maléfique qu’Ellen tue, signant son arrêt de mort psychique alors qu’elle croyait s’être libérée, mais avec les outils de la damnation, trouvant une jouissance perverse là où il aurait fallu cesser. C’est aussi de l’eau et l’on sait que l’eau nettoie et/ou emporte. Mais la salissure, plutôt la souillure d’Ellen est trop grande dès l’abord, il y là quelque chose d’intolérable qui exige une déferlante de violence d’un massacre de mutilation de tout ce qu’il y a de plus terrible dans la colère terrifiante d’un Dieu qui voit son ouvrage d’amour dévoyé par des crapules.
La tragédie de la faute c’est Buddy celui en fauteuil qui prétend être paralytique les pieds et les mains liés pour ne pas aider. L’omission fatale, par bêtise crasse, s’il n’était pas devenu fou à terme. Je vois en lui un vieux Bruce qui a appris la portée de la violence comme spectateur, qui ne fait plus rien sauf délirer complètement incapable d’aider même volontairement celle qu’il a aimé. Lui disant de regarder en arrière, ce dont Ellen se libère par ce biais, tout en imprimant sa culpabilité puisqu’elle n’aime pas Bruce ni dans son souvenir, le frappant gratuitement parce que sa folie l’agace, allergique à lui, même vieux aveugle et impotent, aveugle il l’était déjà, impuissant sans doute aussi. Ils se retrouveront toujours se mutilant indéfiniment, le retour cyclique du même.